Kéléfa et la fronde abyssale : voir au-delà de la rancœur de 2015 !

Kélefa Sall est livré à la vindicte. Sans cesse poussé à la sortie, de la façon la plus spectaculaire, le président de la Cour constitutionnelle a plié mais n’a jamais rompu. Il est conscient en effet que la rancœur née un 14 décembre 2015, à l’occasion de la cérémonie d’investiture d’Alpha Condé, alors réélu dans les conditions que l’on sait devrait le suivre. Reste à savoir si le discours historique tenu à l’époque était une prémonition ou une simple alerte. La coïncidence est vicieuse et les conséquences le sont autant.

Un bout du discours de ce magistrat provoque une certaine allergie à Alpha Condé. Celui-ci, connu pour sa rancœur maladive ne semble point pardonner au magistrat dont, estime-t-il, l’outrecuidance avait franchi le rubicond. «Ne nous entourons pas d’extrémistes, ils sont nuisibles à l’Unité nationale. Évitez toujours les dérapages vers les chemins interdits en démocratie et en bonne gouvernance. Gardez-vous de succomber à la mélodie des sirènes révisionnistes. Car, si le peuple de Guinée vous a donné et renouvelé sa confiance, il demeure cependant légitimement vigilant », avait notamment conseillé le président de la Cour constitutionnelle, le 14 décembre 2015, lors de la cérémonie officielle d’investiture du président Alpha Condé.

Revanche, vengeance sous le fait de la rancœur ? Nul ne le sait. Chacun se perd en conjectures. L’un ou l’autre cas, Kéléfa Sall est victime de fronde abyssale endogène. Cette fronde est soutenue au plus haut niveau de la République. Si c’est une coïncidence de faire un tel conseil, elle se révèle être malencontreuse. En effet, à l’époque, Alpha Condé n’avait affiché aucune volonté de briguer un 3è mandat. Même les sirènes révisionnistes camouflées peut-être avaient rangé leurs vuvuzelas, en ces lendemains, de présidentielle faite de grosses fraudes. Avec ces gueules de bois, il n’y avait pas matière à penser déjà de modification de la Constitution. C’était trop tôt pour se faire une idée de la hantise d’Alpha Condé. L’opinion a eu une certaine conviction bien après : Sadou Keita, gouverneur de Labé, Bantama Sow. Et puis, d’une façon ouverte, un certain Bangaly Kourouma.

Les différentes sorties de ces faiseurs de roi ont radicalisé la position d’Alpha Condé. Celui-ci devient allergique à toutes questions de journalistes liées aux velléités d’un autre mandat qui ne soit pas constitutionnel. Alpha Condé est allé jusqu’à menacer les diplomates occidentaux qui sont à Conakry. La France, les USA et l’UE n’ont pas eu leur langue dans leur poche. Chacun des diplomates s’est librement exprimé, parfois sans langage diplomatique. Leur position tranchait dans le vif : ‘’Nous ne sommes pas pour un quelconque rallongement…’’ La température étant prise et au regard des crises politiques, tribales, économique et sociales, Alpha Condé semble se désister et prendre son mal en patience. Du côté du parti au pouvoir, on est prêt pour un 3è mandat, mais, précise Saloum Cissé, « sans Alpha Condé ». Même son de cloche chez Bantama Sow.

La nuance est fondamentale et elle apaise. Sauf qu’elle est loin de rassurer l’opinion. Avec ou sans Alpha Condé, le RPG ne serait pas le bienvenu en 2020, clame-t-on sous tous les toits. Il lui est reproché entre autres d’avoir divisé les Guinéens, d’avoir spolié des Guinéens, d’avoir vendu des ressources et autres patrimoines du pays. Aujourd’hui, on pourra donc comprendre la fronde à la Cour constitutionnelle. Alpha Condé veut en finir avec la Guinée avant de s’en aller : une situation de non-Etat qui laissera un précédent dangereux pour la République et pour celui qui viendra après hériter ce vaste champ de ruines fumantes. Véritable bête politique, Alpha Condé pourrait analyser sous cet angle : dix ans d’échecs patents, mon héritier trouvera ni de pays, ni d’Etat. Conséquence : des remous à n’en plus finir et donc une instabilité qui fera de la Guinée une portion congrue ingouvernable. Loin de ce petit pays de l’ouest africain, Alpha Condé pourrait actionner son réseau nuisible afin se transformer en croc-en-jambe empêchant Dalein ou quelqu’un d’autre de gouverner normalement. La devise Condé est connue : après moi, c’est le chaos cyclique. Cette fronde à la Cour constitutionnelle, à s’y méprendre, n’est que l’arbre qui cache la forêt.

A cette situation chaotique, il ne faut surtout pas oublier le brûlant dossier des massacres du 28 septembre, les gros scandales économiques, la cession du Port, les marchés de gré à gré non effectués. Il y a aussi le refus de mettre en place et le fonctionnement réel du Conseil supérieur de la Magistrature ainsi que les autres structures constitutionnelles. Une réelle chape de plomb pour le prochain président guinéen. Alpha Condé entend léguer tout cette charge. Juste pour assommer et faire échouer. Et il n’a pas encore dit son dernier mot. Il est donc question de voir au-delà de cette fameuse rancœur de 2015.

Jeanne Fofana, www.kababachir.com

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