Trump et le protectionnisme sur l’acier : une mauvaise nouvelle pour l’emploi… américain

Dans une tribune au « Monde », l’universitaire Emmanuel Combe explique que la théorie économique et l’expérience montrent que les mesures du président américain seront contre-productives.

Le Monde
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President Donald Trump speaks during a meeting with steel and aluminum executives in the Cabinet Room of the White House, Thursday, March 1, 2018, in Washington. From left, Roger Newport of AK Steel, John Ferriola of Nucor, Trump, Dave Burritt of U.S. Steel Corporation, and Tim Timkin of Timken Steel. (AP Photo/Evan Vucci)

TRIBUNE. « Vous aurez peut-être des prix plus élevés mais vous aurez des emplois. Pour moi, ce sont les emplois qui comptent. » C’est en ces termes que le président des Etats-Unis a justifié, jeudi 1er mars, sa décision de porter les droits de douane à 25 % sur les importations d’acier et à 10 % sur l’aluminium. Un discours assez efficace, puisqu’il met chacun en demeure de choisir son camp : satisfaire le pouvoir d’achat des consommateurs et donc importer à bas prix ; ou bien défendre la production et l’emploi et donc se protéger.

Ce raisonnement a l’apparence du bon sens. Mais il faut toujours se méfier en économie du bon sens, qui joue souvent des tours. Rappelons l’arithmétique du protectionnisme. Ce dernier a trois effets sur le pays qui se protège.

Premier effet, positif : il permet à l’Etat de récupérer des taxes douanières. Second effet, lui aussi positif : les entreprises domestiques vendent plus sur le marché domestique, puisqu’elles sont protégées en partie de la concurrence étrangère. Troisième effet, négatif : les utilisateurs du produit taxé le paieront plus cher.

Ces utilisateurs, dans le cas de l’acier et de l’aluminium, ce sont d’autres entreprises américaines, comme les fabricants de produits métalliques, dont les coûts de production vont augmenter.

Une réduction des quantités consommées

Pour savoir si le protectionnisme est un bon calcul, il suffit alors d’additionner les gains pour l’Etat et les producteurs domestiques avec les pertes pour les usagers du produit taxé. Le résultat est sans appel : les pertes l’emportent toujours sur les gains. Tout simplement parce que la hausse du prix conduit à une réduction des quantités consommées dans le pays.

Dit en d’autres termes, le protectionnisme ne transfère pas seulement de la richesse des consommateurs vers les producteurs et l’Etat : il diminue aussi la richesse globale du pays qui se protège.

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