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Les trois raisons qui ont amené à la création du PADES, selon Dr Ousmane Kaba (Interview)

Les trois raisons qui ont amené à la création du PADES, selon Dr Ousmane Kaba (Interview)

Exclu du RPG-Arc-en-ciel, l’année dernière, suite à une crise qui a secoué le parti présidentiel, Dr Ousmane Kaba, prend la tête d’un nouveau parti politique : le PADES (Parti des Démocrates pour l’Espoir).

Dans un entretien exclusif qu’il a bien voulu accorder à notre rédaction, l’ancien allié du RPG parle de sa nouvelle formation politique, ses ambitions pour la Guinée, mais aussi et surtout de la situation socio-économique du pays.

Lisez….

Après la crise qui a secoué le RPG, vous êtes à nouveau à la tête d’un parti politique. Qu’est-ce qui vous a réellement motivé ?

Disons, il y a plusieurs raisons ! La première, ce qu’on a eu des divergences avec le Président de la République, qui est le président du RPG-Arc-en-ciel, ainsi que le Gouvernement d’ailleurs. La première divergence c’est la politique énergétique,  nous avons constaté que le pays a massivement investi dans les groupes électrogènes, avec des coûts et des opérations énormes. Nous avons pensé que cet argent pourrait servir à construire des micro-barrages et profiter des avantages comparatifs. Vous savez les micros barrages n’ont presque pas de coût d’exploitation. Donc c’était une divergence sur laquelle on ne s’est pas entendu. Deuxième divergence, c’est l’éducation. Nous avons senti que le gouvernement combat l’école privée qui est pourtant un complément des écoles publiques, notamment la guerre contre les universités privées, dans un pays où l’Etat est incapable de construire des bonnes universités publiques. Casser le privé sans construire, je ne sais pas quel est l’objectif du gouvernement, ça aussi c’est une divergence fondamentale.

La 3ème raison, c’est le dérapage verbal du président de la République, je pense que vous avez suivi, le président de la République qui s’en est pris à une ethnie. Ce que nous avons considéré comme déplacé et ça mettait le pays en danger. Donc là aussi, nous avons expliqué notre désapprobation, notre divergence. Et c’est pour cela que, personnellement j’ai été exclu du RPG-Arc-en-ciel, donc je n’ai pas quitté, j’ai été exclu.

A part tout ça, l’objectif fondamental de la création du PADES, c’est vraiment résoudre les problèmes économiques de la Guinée. Vous savez je suis économiste, j’ai fait le constat, après une trentaine d’années de lutte dans l’administration j’ai fini par comprendre que les hommes politiques font des choix économiques qui sont irrationnels malgré nos conseils, malgré nos prises de position. Donc, finalement je me suis dit que si les hommes politiques ne peuvent pas être des économistes, les économistes eux peuvent devenir des hommes politiques. Peut être la meilleure façon de changer ce pays, c’est de transformer l’économiste en homme politique.

Quel est le niveau d’implantation du PADES aujourd’hui et quel est son positionnement politique

Nous avons une stratégie d’implantation à trois phases : la première phase c’est la sensibilisation, la deuxième phase c’est la vente de la carte du parti et le dénombrement du nombre des militants et la dernière phase, c’est la mise en place des structures. Les structures seront votées par la base. Donc la gestion du PADES ne choisit personne, ce sont les militants qui vont choisir, c’est cela la démocratie à la base. Evidemment, tout cela se passe avec des personnes que nous appelons personnes ressources.

A la date d’aujourd’hui, nous n’avons aucune structure définitive du PADES. L’installation des structures  va commencer en juin pour qu’il ait suffisamment de sensibilisation. La seule structure qui existe, c’est la structure du BARO, c’est la structure du parti. Ce sont les gens de Baro qui ont exigé ça.

A ce stade, le PADES compte –t-il participer aux  prochaines consultations électorales ?

Tout dépendra des élections. Si elles se tiennent tout de suite, nous ne pouvons pas participer. Sauf si certains membres du PADES estiment qu’ils vont représenter leurs localités. Nous ne serons pas prêts. Par contre, nous allons participer aux élections législatives de 2018 et aux élections présidentielles de 2020.

Après le PLUS qui a soutenu le Pr Alpha Condé en 2010 et qui s’est fondu dans le RPG, est-ce que vous comptez nouer une autre alliance électorale.

Pour le moment l’alliance électorale n’est pas toujours une priorité au PADES. C’est trop tôt.

Avec votre statut de fondateur d’écoles privées, qui ambitionne de briguer à la tête magistrature suprême de notre pays, quelle est la place de l’éducation dans votre programme de société ?

L’éducation c’est une pierre très importante dans l’avenir de tout pays. Malheureusement, aujourd’hui en Guinée l’éducation n’est pas une priorité. Vous savez que la Guinée dépense pour tous les cycles, du primaire à l’université en passant par le professionnel, la Guinée ne dépense que 13% de son budget. Il faut comparer ce chiffre entre 35% à 40% dans les pays limitrophes. Donc l’éducation n’est pas actuellement la priorité en Guinée.

Nous nous allons insister sur l’éducation. Nous allons en faire la première priorité du pays. Vous savez, la Guinée a des problèmes économiques importants. Je vais vous les résumer en trois points : manque de croissance économique, manque d’emplois pour les milliers de jeunes, manque d’infrastructures. Le Gouvernement est incapable de financer ces infrastructures.

Voilà les problèmes de la Guinée. On ne peut pas lutter contre la pauvreté si on ne crée pas des millions d’emplois pour nos jeunes. On va le faire grâce au secteur privé. Or, aujourd’hui ce gouvernement fait la guerre au secteur privé.

En votre qualité d’homme politique, parlementaire, doublée d’une expérience dans le secteur privé, quelle lecture faites vous de la gouvernance du président Alpha Condé ?

Ecoutez, la gouvernance économique est mauvaise. Elle est mauvaise parce que nous n’avons pas pu relever les défis ni la croissance, ni l’emploi, ni des infrastructures. La gouvernance politique ne va pas mieux non plus, parce que nous n’avions pas à faire des élections selon le calendrier convenu. Donc, il y a réellement un vrai problème en Guinée, si bien sur le plan politique que sur le plan économique.

Le bras de fer entre les Universités privées et le département en charge de l’Enseignement supérieur et la Recherche scientifique se poursuit toujours ?

En fait, nous avons dénoncé à l’époque l’attitude du ministre de l’Enseignement Supérieur et la Recherche Scientifique qui disait que l’effectif des fictifs est supérieur au nombre d’étudiants. Ce qui est un non sens. Nous avons dénoncé partout et vous avez eu les déclarations de la Chambre Représentative des Universités Privées (CRESUP), il ne peut avoir plus de fictifs que d’étudiants, c’est absolument un-non sens. Je crois qu’ils sont revenus à des meilleurs sentiments. Ils ont compris également qu’on ne peut pas raconter du n’importe quoi dans un pays.

Le gouvernement annonce la construction prochaine des universités publiques dans les régions, est-ce que cela fait peur aux fondateurs des universités privées ?

Mais pourquoi ? Le privé et le public doivent être complémentaires. Dans tous les pays au monde, le système d’éducation privée existe, à côté du public. Donc nous souhaitons que l’Etat investi effectivement dans ce secteur, pour améliorer l’ensemble du système, il n’y a absolument aucune contradiction la dessus.

Malgré une légère amélioration du climat des affaires, les investisseurs étrangers se font rares en Guinée. Et, récemment, Transparency International  a classé la Guinée parmi les pays les plus corrompus du monde. Les écoles privées ne sont pas en marge de cette situation. Quel est votre commentaire ? 

Ça ne m’étonne pas du tout, parce que quand on voit comment le secteur privé évolue ici, quant on voit ce que sait l’administration ici, nous ne sommes pas étonnés que la Guinée soit parmi les pays les plus corrompus. Et lorsque c’est le cas, il ne peut pas y avoir de la croissance économique, il ne peut y avoir d’emplois, il ne peut pas y avoir d’infrastructures. Donc le pays est dans une situation extrêmement difficile avec tous les risques .

En tant que Chef d’entreprise, on voit beaucoup de jeunes aujourd’hui choisir le chemin de l’immigration, avec tous ses risques. Pensez-vous que ce flux migratoire soit lié à la problématique d’emplois ?

Mais bien sûr, c’est directement lié.  Aujourd’hui, l’économie n’offrant aucun débouché à des millions de jeunes, ces derniers jeunes se transportent dans l’eldorado imaginaire qu’est l’Europe. Nous nous avons des dizaines de personnes qui meurent dans la mer méditerranée. C’est un constat d’échec de notre politique et je rappelle que la Guinée est parmi les plus grands pays d’immigration aujourd’hui dans le monde, c’est vraiment un triste bilan.

Parlant du volet économique, l’inflation est aujourd’hui à deux chiffres. Or, au début du premier mandat du président Alpha Condé, on avait tendance à maîtriser l’inflation ? Quelle explication pouvez-vous apporter à ce sujet ?

Disons qu’il y avait eu une certaine avancée dans la stabilisation macroéconomique. Mais l’objectif c’était en fait de relancer l’économie. Ce qui n’a pas pu être fait. Même si vous arrivez, relativement à stabiliser, l’économie, s’il n’y a pas de relance, s’il n’y a pas de croissance économique, ça ne sert absolument à rien.

La session parlementaire a ouvert les travaux la semaine dernière. Il y a plusieurs projets de loi sur la table, mais le constat amer, c’est le retrait de la loi sur les reformes de la CENI qui est une partie intégrante des accords du 12 octobre. Déjà, plusieurs partis politiques de l’opposition s’insurgent contre cet état de fait. Est-ce que c’est le cas du PADES ?

Non ! D’abord le PADES n’était pas partie prenante de l’accord. Nous avons estimé que l’accord était un progrès par rapport à la situation antérieure, mais on peut faire mieux, notamment faire voter les quartiers au lieu que les responsables des quartiers ne soient désignés dans les élections communales. Voilà notre position. Ceci dit, comme vous pouvez le constater, le gouvernement n’a pas souvent respecté le calendrier. Il y a des lois qui sont votées qui ne sont même pas promulguées. Alors que c’était à l’initiative du gouvernement lui-même. Donc c’est une contradiction flagrante de la démarche publique.

En tant que parlementaire, à mi-mandat, quel bilan tirez-vous des activités de l’Assemblée nationale ?

Bon, l’Assemblée nationale a eu quelques résultats, mais en même temps, la gestion interne a été opaque. Je rappelle que les députés ne sont même pas autorisés à regarder leur propre budget.

Mais c’est la gestion la plus opaque que je n’ai jamais vu, malheureusement. Cette Assemblée nationale là ne va pas laisser des bons souvenirs à la Guinée.

Les récentes sorties médiatiques du président Alpha Condé, qui a accordé des interviews à des confrères français, à l’occasion de sa visite de travail à Paris, prouvent  à suffisance qu’il maintient encore le suspens quant à ses intentions pour un éventuel 3ème mandat. Quel est votre avis ?

Malheureusement, je n’ai pas suivi ces interviews, donc je ne peux pas me prononcer la dessus.

Nous sommes au terme de notre entretien, avez-vous un dernier message ?

Mon dernier mot c’est de demander au peuple de Guinée de venir massivement au PADES, qui n’est pas un parti politicien, c’est un parti qui s’occupe des problèmes réels de la Guinée à savoir, les problèmes économiques. Notre priorité c’est la lutte contre la pauvreté. Nous sommes ni contre l’opposition, ni contre le pouvoir, nous sommes pour le progrès économique. Ça, c’est très important. C’est pour cela que nous avons dit que nous sommes ni de l’opposition, ni de la mouvance présidentielle, nous sommes pour la Guinée. Donc, tout le monde n’a qu’à s’inscrire au PADES, c’est le nouveau parti qui a le vent en peau, qui est en train de s’installer massivement, sur toute l’étendue du territoire national et aussi, il y a l’extérieur de la Guinée. Il suffit tout simplement d’aller sur internet, cliquez sur le parti PADES, ou sur la page facebook du parti, nous aurons tous les renseignements.

Cela voudrait dire qu’il y a des « partis politiciens », en reprenant votre expression?

Bien sûr, c’est les partis qui passent leur temps dans le débat stérile, qui n’intéresse pas le peuple de Guinée. La vraie question pour le peuple de Guinée, c’est comment sortir de la pauvreté. Et ça, nous nous savons le faire.

Merci Dr Kaba

Merci à vous aussi.

Entretien réalisé par Abdoul Wahab Barry, Kababachir.com

 

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