RDC : Nouvelles lois en vue pour garantir le pouvoir à Kabila

Depuis quelques jours, une petite cellule travaille d’arrache-pied à la présidence de la République afin de peaufiner des nouvelles stratégies et permettre au président hors mandat Joseph Kabila de sortir de l’étau dans lequel il se retrouve à la veille de l’échéance fatidique du dépôt des candidatures à l’élection présidentielle fixée au 25 juillet prochain.

Au terme de la Constitution et de l’accord de la Saint Sylvestre, Joseph Kabila est contraint de désigner son successeur. Mais en dépit des engagements souscrits le 31 décembre 2016, lors des négociations entre la majorité et l’opposition sous l’égide des évêques de la Cenco, une poignée de juristes congolais n’hésitent pas à prétendre que la modification constitutionnelle votée en 2011 qui ramenait l’élection présidentielle de deux à un seul tour permet à Joseph Kabila de se porter candidat à sa succession pour un nouveau mandat.

Les communiquants de la Kabilie jurent leur grand dieu qu’il n’en est rien, parlent « d’intox pure et simple ». « Il n’en est pas question », a déclaré le directeur de cabinet adjoint du président Kabila, Jean-Pierre Kambila, interrogé par l’AFP. « C’est de l’intox. Peut-on imaginer quelqu’un se représenter à l’improviste » à une élection présidentielle ? , a réagi de son côté le porte-parole de la Majorité présidentielle (MP), Alain-André Atundu.

Pourtant, dans certains médias congolais plutôt en phase avec la politique du pouvoir, des articles fleurissent depuis quelques jours pour s’interroger faussement sur la possibilité pour Kabila de se représenter en 2018, s’inspirant notamment du cas de Jacques Chirac qui avait obtenu une modification de la constitution pour faire passer la durée du mandat de 7 à 5 ans au cours de son premier séjour à l’Elysée. « Ce qui lui rapporte ipso facto la possibilité de se briguer encore deux mandats », peut-on lire ainsi sur le site de Cogovirtuel.org, qui concède tout de même que Chirac avait décliné cette nouvelle possibilité…

Dans l’équipe mise sur pied autour du directeur de cabinet du Président Néhémie Mwanilya, se retrouvent Evariste Boshab, Adolphe Lumanu, Aubin Minaku qui ont mission d’élaborer les plans de manœuvre pour que Joseph Kabila brigue un nouveau mandat avec, inévitablement, la machine à voter comme outil essentiel pour cette éventuelle réélection.

Parallèlement, l’équipe de de « penseurs » qui planchent sur le destin de Joseph Kabila est également chargée de voir comment maintenir le pays sous contrôle et éviter les débordements qui ont été observés en janvier 2015 lors de la tentative avortée de modification de la loi électorale.

Train de lois liberticides

Sur instruction de la haute hiérarchie, les juristes de la présidence ont donc préparé tout un arsenal de textes qui visent à museler l’opposition congolaise et à empêcher tout mouvement populaire. Quatre projets de loi devraient être très prochainement déposés par le gouvernement à l’Assemblée nationale. Leur adoption par la majorité présidentielle ne sera qu’une formalité.

Le premier texte a trait à la lutte contre le terrorisme. Selon le texte en préparation, toute personne convaincue de complicité en lien avec des actes de terrorisme serait privée automatiquement de tous ses droits civiques et politiques. Tirant profit des aveux attendus du colonel John Tshibangu que la Tanzanie a extradé en RDCongo et qui croupit dans les geôles des services de renseignements militaires, le régime de Kinshasa en profiterait pour accuser Moise Katumbi d’être de mèche avec l’officier rebelle et le priver ainsi de tous ses droits en vertu du nouveau texte de loi.

Après l’accusation d’emploi de mercenaires, de spoliation de bien immobilier, Kinshasa voudrait recourir à une complicité du candidat avec l’officier pour porter un nouveau coup au plus sérieux candidat de l’opposition à la prochaine élection présidentielle.

Le deuxième texte concerne les ONG qui opèrent en RDCongo. Depuis longtemps, le régime Kabila suspecte les humanitaires d’être des agents de déstabilisation. Aussi, le projet de loi vise à durcir les conditions de travail des ONG et des humanitaires et restreindre leur liberté de mouvement en RDCongo. Histoire d’éloigner des témoins bien gênants d’une situation qui ne cesse de se dégrader. On se rappelle comment le gouvernement Tshibala avait boycotté la conférence de Genève pour la mobilisation des financements du plan humanitaire en RDCongo.

Le troisième texte est consacré aux libertés civiques. Après les manifestations sanglantes de ces dernières années, pressentant de nouveaux mouvements de rue dans les prochaines semaines, le pouvoir de Kinshasa veut également durcir les conditions légales pour les manifestations. A ce jour, le dépôt d’une lettre d’information suffit. Dorénavant, il sera exigé une autorisation des autorités locales et le délai de la demande sera étendu. Histoire de ne plus être pris au dépourvu en cas d’actions de la rue.

L’église catholique dans le viseur

Enfin, le quatrième texte de loi vise les confessions religieuses. Toute communauté religieuse qui prend part à des activités politiques et à des manifestations pourraient selon le texte qui va être déposé à l’Assemblée nationale être fermée. Ce texte vise évidemment l’Eglise catholique qui apporte son soutien au Comité Laïc de Coordination qui vient d’annoncer la reprise des actions à la suite d’un ultimatum demeuré sans suite de la part des autorités congolaises.

Alors que d’aucuns prédisaient un assouplissement de la situation politique avec la fin du dédoublement, la signature d’un accord entre le gouvernement et l’UDPS pour le rapatriement de la dépouille d’Etienne Tshisekedi, des contacts entre Félix Tshisekedi et le pouvoir pour la mise en place d’un gouvernement d’union nationale et la libération imminente des prisonniers emblématiques, on assiste à un véritable coup de frein d’un pouvoir qui souffle désormais le chaud et le froid.

L’adoption des textes de lois liberticide et la perspective d’un retour de Kabila sur son engagement à respecter la Constitution et à ne pas briguer un troisième mandat constituent évidemment une marche arrière qui présage de très fortes tensions politiques et sécuritaires à travers le pays.

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