Qui a fait mentir le Garde des Sceaux ?

« Une affaire aussi importante que l’affaire de 28 septembre, une affaire de crime de masse, il n’y a pas de délai. C’est pourquoi j’ai dit qu’on le veuille ou pas, cette affaire sera jugée dans notre pays, on ne sait pas quand mais elle sera jugée. » Me Cheick Sakho a tenu deux langages. Il a menti aux Guinéens.

En effet, à peine Alpha Condé tranchait, le ministre de la Justice rétropédale. Pour Condé, « Ce qui préoccupe les Guinéens qui m’ont élu, ce n’est pas le 28 septembre, c’est l’eau, l’électricité, les transports et le panier de la ménagère. » Et le président d’ajouter : « Être inculpé ne veut pas dire être coupable. Certains d’entre eux n’étaient même pas à Conakry quand le massacre s’est produit ! Soyons clairs : il n’y aura pas d’impunité, mais je refuse qu’on instrumentalise ce drame à des fins politiques. Ce qui préoccupe les Guinéens qui m’ont élu, ce n’est pas le 28 septembre, c’est l’eau, l’électricité, les transports et le panier de la ménagère », tranche-t-il. Suffisant pour être fixé sur un quelconque procès. D’ailleurs, «Je n’étais évidemment pas président quand ce massacre a eu lieu.»

 Pourtant, le même Garde des Sceaux avait dit en décembre 2016dans une interview accordée à la presse locale qu’il a mené des démarches jusqu’à New-York «pour chercher des financements pour ce jugement, j’ai obtenu (….). Je n’ai pas eu que des promesses mais j’ai obtenu des engagements fermes de la part de l’ONU et du département d’Etat des Etats–Unis) qui vont se matérialiser dès janvier. Cela nous permettra d’organiser ce procès qui va durer à minima six à huit mois. » On avait estimé que les préparatifs allaient bon train. C’était sans compter sur la mauvaise foi du Président.

 Seule évidence insistait Me Sakho, la justice guinéenne fera son travail. Et voici le plan de travail alors édicté : « Après l’instruction, au plus tard fin décembre début janvier, on va commencer la préparation du procès et je l’ai annoncé ce sera en 2017. » Ce calendrier s’est révélé faux. Le même ministre change de discours : « Un procès de cette envergure ne se décrète pas comme ça avec une baguette magique. Il faut de l’argent, il faut des conditions matérielles de préparation. Donc, soyez patients, il y a un temps pour tout. » Huit ans après, le gouvernement demande encore et toujours de la patience…

 

Jeanne Fofana, Kababachir.com

 

 

 

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