Prévention des maladies cardiovasculaires : inutile aspirine !

Selon deux études présentées au congrès de l’European Society of Cardiology, le risque de saignement contrecarre le faible effet de ce médicament.

l n’est pas rare de voir des quinqua ou des sexagénaires en bonne santé consommer quotidiennement une faible dose d’aspirine pour se mettre à l’abri des maladies cardiovasculaires. Parfois, ils le font pour suivre les conseils de leur médecin, parfois en automédication. Car il est bien connu que ce médicament fluidifie le sang et réduit donc le risque d’infarctus du myocarde et d’accident vasculaire cérébral. Mais, voilà, deux études présentées au congrès de l’European Society of Cardiology qui se déroule actuellement à Munich, remettent en cause cette pratique. Selon elles, l’aspirine à faible dose donne des résultats décevants en prévention primaire de ces pathologies. En revanche, ce médicament garde toute sa place en prévention secondaire, donc chez les patients ayant déjà été victimes d’un événement cardiovasculaire ou cérébrovasculaire.

Arrive est l’acronyme de la première étude qui est publiée dans le Lancet. Elle porte sur plus de 12 500 patients âgés de plus de 55 ans pour les hommes et plus de 60 ans pour les femmes, avec un risque d’événement cardiovasculaire modéré (estimé entre 10 et 20 % à dix ans). Recrutés dans sept pays, ils ont reçu quotidiennement soit 100 mg d’aspirine (sous forme de comprimés à revêtement gastro-résistant), soit un placebo. Au bout de cinq ans en moyenne, un décès cardiovasculaire, un infarctus du myocarde, une angine de poitrine instable, un accident vasculaire cérébral (AVC) ou un accident ischémique transitoire (AIT) est survenu chez respectivement 4,3 % et 4,5 % des patients. Les auteurs ont cependant noté une réduction de 47 % du risque d’infarctus chez ceux qui suivaient le mieux le traitement. Mais le risque de saignement digestif a doublé chez les premiers. Les auteurs de l’étude constatent que, en raison de la bonne prise en charge des facteurs de risque des patients, le taux d’événements cardiovasculaires était nettement plus faible que ce qui avait été prévu. Dans ces conditions, l’aspirine est inutile…

Pour l’étude Ascend, publiée dans le New England Journal of Medicine, près de 15 500 diabétiques de type 2 – une population à risque cardiovasculaire élevé – ont pris soit 100 mg d’aspirine (toujours sous forme de comprimés à revêtement gastro-résistant), soit un placebo. Ils ont été suivis durant plus de sept ans en moyenne. Le risque d’infarctus, AVC, AIT ou décès de cause vasculaire (sauf ceux liés à une hémorragie cérébrale) s’est élevé à 8,5 % avec l’aspirine et 9,6 % avec le placebo. Cette baisse de 12 % du risque d’événement cardiovasculaire est significative. Mais, dans le même temps, des hémorragies graves (hémorragie intracrânienne, saignement oculaire à risque pour la vue, saignement digestif ou autre) ont été plus fréquentes chez les patients prenant de l’aspirine que chez les autres. Le bénéfice lié à la baisse du risque d’événement cardiovasculaire majeur est annulé par une augmentation de même ampleur du risque d’événement hémorragique grave, concluent les auteurs.

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Publié le  | Le Point.fr

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