Port de Conakry et Aéroports de Paris : les contrevérités d’Alpha!

Le Port de Conakry est concédé à des Turcs et pas des moindres : l’entourage direct du président Erdogan. L’affaire fait grand bruit à Conakry. En cause : le marché est un gré à gré flagrant et donc biaise carrément l’article 11 de la Loi/2012/020/CNT, en son point 4, faisant état des circonstances dans lesquelles un marché obéit au gré à gré. Et mieux, la société Albayrak est soupçonnée d’être des suppôts du terrorisme, en l’occurrence Daesh. Cette seule réalité met en cause la comparaison que fait Alpha Condé entre cette concession du Port aux Turcs au rachat – tenez-vous bien – des Aéroports de Paris par Vinci.

Décryptage d’un verbiage tissé de contrevérités sans nom…

« Est-ce que vous savez que l’aéroport de Paris va être privatisé (rire)?… Est-ce que le peuple français a dit que le gouvernement est en train de bazarder les biens du peuple?» Alpha Condé répond ainsi à une question du journaliste par une autre. Pour se tirer d’affaire, il déclare : « Nous avons discuté avec beaucoup de gens, ils étaient les seuls (Albayrak) qui étaient prêts. »

Comment se fait-il que pendant toutes les sorties du ministre des Transports et lui-même Alpha Condé n’ont jamais évoqué le fait que bien des gens aient été contactés ? Pourquoi c’est maintenant cette fameuse révélation ? Pourquoi les Guinéens n’ont jamais vu les appels d’offres nationaux dans les médias étrangers, panafricains et autres, comme le veut toutes concurrences publiques ? Autant citer des noms, comme le veut le Code des marchés publics. En attendant, on reste sur notre faim et on démonte les contrevérités.

Première contrevérité : le peuple français s’est bel et bien insurgé contre le rachat des ADP (Aéroports de Paris)

A Paris, trois consortiums se sont constitués pour le rachat, dont l’un est mené par le fonds basé aux Etats-Unis, Global Infrastructure Partners (GIP), l’autre par Vinci et le troisième par le fonds australien IFM. Un 4è, coté à Milan Atlantia a aussi envisagé de participer à l’appel d’offres en prenant la tête d’un quatrième consortium. Selon la presse française, au moins une douzaine de consortiums participeront au premier tour de l’appel d’offres, ajoutant que chacun d’entre eux inclurait un spécialiste aéroportuaire ou un fonds ayant déjà des actifs dans le secteur. Des investisseurs spécialisés dans les infrastructures, des fonds de pension canadiens et américains, de grands assureurs européens et des fonds du Moyen-Orient devraient également présenter des offres de rachat, dont certains dans le cadre de consortiums plus larges. Même s’il ne lit pas, il ne suit pas les télévisions et n’écoute pas les radios, Alpha Condé doit comprendre à ses dépens, que la comparaison qu’il fait entre la concession qu’il a faite aux Turcs et le rachat, non encore effectif des Aéroports de Paris est tout sauf raisonnable.

2è contrevérité : le dossier passera devant les députés français…

L’examen à l’Assemblée nationale du projet de loi “Pacte” permettant la privatisation d’ADP doit commencer à la rentrée, en vue d’une adoption à la fin de l’année ou début de 2019. En Guinée, même les députés dits de la majorité n’ont pas eu accès à la concession du port aux Turcs. A plus forte raison ceux de l’opposition. De part et d’autre, on s’est limité à la dénonciation, aux critiques sur le type de marché utilisé entre Condé et Erdogan. Entre le rachat d’ADP et Port aux Turcs aucune comparaison possible.

3è contrevérité : des voix se sont élevées contre le rachat d’ADP

Contrairement à ce que déclare Alpha Condé : « Est-ce que vous savez que l’aéroport de Paris va être privatisé (rire)?… Est-ce que le peuple français a dit que le gouvernement est en train de bazarder les biens du peuple?», des réactions ont eu lieu.

Les premiers concernés, en l’occurrence les compagnies aériennes, font grise mine à l’idée de devoir à l’avenir négocier les tarifs d’utilisation de l’aéroport avec une entreprise privée telle que le groupe de BTP Vinci, prétendant affiché au rachat de la participation de l’Etat et donné comme favori. «Un opérateur privé va être tenté de maximiser son profit. J’espère que cette opération va se dérouler sous forme d’un appel d’offres et non d’une vente de gré à gré, de manière à ce que nous ayons connaissance des engagements des candidats», s’inquiète Pascal de Izaguirre, PDG de la compagnie Corsair. Jean-Marc Janaillac, le patron d’Air France, a tiré à plusieurs reprises la sonnette d’alarme à Matignon et… dans Libération : «Nous souhaitons la création d’une instance de régulation qui contrôle l’évolution des taxes et redevances payées par les compagnies aériennes», rapporte la presse française.

Alpha Condé a fait allusion aux cris des syndicalistes, des opposants, mais c’est compter qu’en France, contesté par les compagnies, le gouvernement ne pourra pas plus compter sur le soutien des salariés d’ADP. Les quatre organisations syndicales représentatives – UNSA, FO, la CGC et la CGT – se sont unanimement prononcées contre cette privatisation annoncée.

 Le rachat d’ADP tranche avec Condé

Alpha Condé a manqué de manière en vendant. A l’Hexagone, l’Assemblée nationale a autorisé, jeudi 4 octobre, la privatisation de Groupe ADP (ex-Aéroports de Paris), au grand dam des oppositions.Par 39 voix contre 7, les députés ont donc autorisé l’Etat à procéder à la vente au privé de tout ou partie des actifs qu’il détient dans Groupe ADP, soit 50,63 % des parts représentant quelque 9,5 milliards d’euros. L’Etat était jusqu’alors tenu par la loi de conserver la majorité des parts de l’entreprise aéroportuaire.

4è contrevérité : la concession du Port à Bolloré avait été décriée

 Selon Alpha Condé,« il y a eu la concession du port conteneur, il y a la concession du port minéralier avec Rusal. Pourquoi on n’a pas dit que nous avons vendu le port à Bolloré (pour ce qui est du port conteneur) ? Pourquoi on n’a pas dit qu’on a vendu le port à Rusal ? » Toutes ces concessions avaient été dénoncées.

S’agissant de Bolloré, en janvier 2015, la CNTG s’était insurgée, même si, par la suite, on a étouffé tous mouvements: le patron de la CNTG, Ahmadou Diallo avait déclaré : « Nous avons dit au gouvernement  que nous apprécions très sincèrement les efforts fournis par la multinationale Bolloré. Personne ne peut l’occulter, c’est un travail gigantesque qui a été fait, mais cela ne veut pas dire que les entreprises locales doivent être tuées. On a dit qu’on n’acceptera pas le monopole. A ce niveau, Bolloré est en train de faire son Roro, c’est d’accepter également que les navires roro reviennent au niveau du quai conventionnel »

C’était tellement chaud par la suite que le président lui-même était obligé de venir à la rescousse de son ami Bolloré. « Qui dit port, dit docker. Notre ambition est de doter des dockers guinéens de toutes les meilleures conditions de travail. Pour cela, il fallait développer le port. Il s’agit de sauvegarder tous les emplois, c’est ce que nous avons dit aux syndicats. J’ai dit à Bolloré de prendre cet engagement pour les travailleurs du port. Quant à ceux qui s’agitent, ils perdent leur temps. »

Alpha Condé est vraiment amnésique. Ou, …de mauvaise foi. De toute évidence, comparer les ADP à la concession, sans appel d’offres du Port aux Turcs est tout simplement une grosse manipulation tissée de contrevérités déjà mises à nues.

Jeanne Fofana, www.kababachir.com

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