Plaie du pied du diabétique : un pansement améliore la cicatrisation

Le diabète entraîne une perte de sensibilité et une déformation osseuse des pieds qui favorisent l’apparition de blessures. Ces plaies passent souvent inaperçues et sont difficiles à traiter. Mais un nouveau pansement permet de guérir davantage de malades et réduit la durée de cicatrisation.

L’ulcère du pied est la complication la plus redoutée du diabète. En France chaque année, 20.500 patients sont hospitalisés pour soigner cette plaie. Et en raison d’un risque accru de gangrène, 9000 amputations sont réalisées. Une intervention chirurgicale 7 fois plus fréquente chez les diabétiques que le reste de la population. En cause: la perte de sensibilité provoquée par la raréfaction des fibres nerveuses au niveau des extrémités. Cette neuropathie engendre l’apparition de fissures, de crevasses, l’accumulation de corne et la déformation des pieds. Et surtout elle empêche la perception des petites blessures. «Les personnes en bonne santé ne pourraient plus marcher dans ces conditions, mais les diabétiques ne ressentent aucune douleur. Ils ne sentent pas le drame qui se joue dans leurs chaussures», explique le Pr Agnès Hartemann, chef de service de diabétologie de la Pitié-Salpêtrière (AP-HP).

 

Les diabétiques arrivent alors souvent trop tard chez leur médecin, ce qui ralentit la cicatrisation. À cela s’ajoute, un arsenal thérapeutique peu efficace face à ces plaies compliquées. Un défi clinique qui pourrait s’améliorer grâce à un pansement présenté dans la revue The Lancet Diabetes & Endocrinology . Développé par la société française Urgo, ce dispositif contient une substance baptisée sucrose octasulfate qui s’attaque aux causes de la mauvaise cicatrisation.

Entre 6 et 7 mois pour guérir

«Avec un pansement standard, la plaie cicatrise en 200 jours en moyenne. Ce délai de cicatrisation est lié à l’excès d’enzymes, des métalloprotéases, qui en ralentissent le processus, ainsi qu’à l’altération des vaisseaux sanguins qui privent les membres inférieurs d’oxygène. Notre pansement agit sur ces deux paramètres pour améliorer la cicatrisation», explique le Dr Serge Bohbot, directeur des affaires médicales d’Urgo et responsable de l’essai clinique mené dans 43 hôpitaux de France, Espagne, Italie, Allemagne et Royaume-Uni.

Et de fait, l’étude menée auprès de 240 patients atteint d’un ulcère du pied en double aveugle (ni le patient, ni le médecin ne savent avec quel pansement la plaie est traitée) montre que le pansement UrgoStart fait mieux que les traitements standards. «Après 20 semaines, près de la moitié des patients ayant reçu le nouveau pansement ont cicatrisé contre un tiers du groupe contrôle. Donc avec ce dispositif, nous arrivons à soigner 60% de patients en plus», détaille le Pr Hartemann qui a participé à l’essai. Mieux, le délai de cicatrisation est raccourci de 60 jours. «Pour ces patients, c’est énorme. Ils peuvent à nouveau reposer le pied pour marcher, retourner au travail», ajoute la diabétologue.

Mieux prévenir cette complication évitable

Pour le Pr Fabrice Bonnet, diabétologue au CHU de Rennes qui n’a pas participé aux travaux, ces résultats sont concluants car l’étude a été très bien construite. «Au vu de cette étude, ce dispositif vient compléter notre arsenal thérapeutique. On a envie de le tester chez nos patients pour confirmer son intérêt en clinique», commente-t-il. Le laboratoire Urgo a d’ailleurs déposé une demande d’autorisation de mise sur le marché. Déjà disponible pour une autre indication, le pansement coûterait moins de 7 euros.

Néanmoins, ce nouveau pansement ne règle pas tous les problèmes. Le spécialiste rennais relève que la moitié des malades traités avec la pansement actif étaient encore confrontés à leur ulcère à la fin de l’étude. Preuve qu’il reste encore beaucoup à faire pour soigner les malades. Et en premier lieu renforcer la prévention de cette terrible complication du diabète. «Il faut apprendre aux patients à prendre soin de leurs pieds, à les inspecter régulièrement pour détecter l’apparition d’une plaie et à choisir les bonnes chaussures. Les soins prodigués par les podologues-pédicures sont aussi importants», commente le Pr Bonnet. Les diabétiques à risques d’ulcère du pied bénéficient de 4 à 6 séances remboursées par an par la sécurité sociale. La Fédération Française des diabétiques veut aller plus loin et demande une consultation annuelle de prévention pour tous les malades.

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