Opposants historiques : Condé échappera-t-il à la triste fin ?

Ils combattent le népotisme. Ils dénoncent la gabegie et les détournements des fonds publics. Ils se battent pour l’instauration de la démocratie. Seulement, une fois au pouvoir, ils font pire que le despote décadent ou déchu. Alpha Condé, comme Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire et Abdoulaye Wade au Sénégal, appartient à la génération des opposants dits «historiques ».

Cet octogénaire avancé, aujourd’hui en fin de mandat constitutionnel échappera-t-il à une fin triste, en refusant toute tentation de modification de la Constitution ? Cette question divise. Elle alimente les débats et inquiète bien la classe politique du RPG ainsi qu’au niveau de l’opposition. Aussi loin qu’on se rappelle, « Alpha Condé, depuis son exil à Paris, a longtemps contesté le régime militaire de Lansana Conté (1984-2008), qui l’a jeté pendant plus de deux ans en prison (1998-2000), l’accusant de fomenter une insurrection. Prépare-t-il, après 8 ans de pouvoir, le remake d’une crise qui tendait pourtant à disparaître en Afrique de l’Ouest ? Va-t-il procéder à la modification de la Constitution pour s’imposer encore 5 ans, voire 10 ? ».

Seule évidence : il en a la hantise de rempiler. Et selon toute vraisemblance, il s’offre depuis peu, une voie royale. Il a fait interdire toutes manifestations d’ordre politique, sociale émanant de la société civile ou des leaders politiques. A cela s’ajoute des virées dans l’arrière-pays pour procéder à des poses de premières pierres ici et là, après avoir fait patienter les Guinéens, près de dix ans dans les fausses promesses. Dernier acte posé, c’est le purgatoire orchestré au sein de la grande hiérarchie militaire où des nominations – et pas des moindres – ont été opérées. Notamment dans la diplomatie.

Des militaires sans aucune formation dans ce domaine ont été ventilés, à Cuba et ailleurs en qualité d’ambassadeurs. L’acte du pouvoir central vise à éloigner les loups de la bergerie en cas de pépin lié au 3è mandat. C’est dire que la partie n’est pas encore gagnée.

En attendant, le principal opposant Dalein Diallo dénonce : « Le gouvernement de Kassory Fofana, avec beaucoup d’arrogance, a dit qu’il préfère l’ordre à la loi et qu’il suspende une partie de la constitution. Cela est extrêmement grave. 2018 a été une année où, on a massacré la démocratie, on a continué à violer les droits humains et à détourner les ressources publiques au détriment de l’amélioration des conditions de vie des citoyens guinéens.» Avec tous les actes posés ou en cours, Alpha Condé pourrait bien sortir par la petite porte si et seulement si il se laisse enivrer par des sirènes révisionnistes qui n’ont pas encore fini avec la mangeoire ou qui n’ont pas eu la chance de s’y approcher.

De toutes les façons, 2020 c’est déjà demain.

Jeanne Fofana, www.kababachir.com

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