Matam et Matoto ou naissance d’autres Républiques !

François Soudan a donné le ton en qualifiant la zone de Bambéto Cosa de République de Ratoma. Tout simplement parce que les jeunes réclament la justice et la démocratie qui leur ont été ôtées depuis l’arrivée d’Alpha Condé au pouvoir. Ils le font certes de la façon la plus outrancière, mais cela ne fait pas d’eux insurgés de la République de Ratoma.

Hélas, cette situation a fait tâche d’huile mardi. En effet, l’autoroute Fidel Castro était quasiment impraticable ce mardi. Les nombreux automobilistes qui ont emprunté cette voie se sont rabattus sur le Niger et la corniche. C’était manifestement le pire des choix. Jusqu’à Dabondy, Bonfi, c’était le même décor. Ici et là, des enfants et des jeunes, accompagnés de jeunes filles avec concerts de bidons ont érigé des barricades à chaque 50 mètres. Les artères principales et les ruelles menant dans les quartiers c’était la chienlit. La devise était çà : ‘’Vous payez les 10 mille pour les voitures et 5 mille GNF pour les motos’’. Point de négociations. Dans le cas contraire, des dizaines de jeunots s’agglutinent aux portières et cognent l’engin à coups de cailloux, de barres de fer et de morceaux de bois.

Chacun était armé qui d’un bâton, qui d’un morceau de fer, qui d’une louche de cuisine, qui d’un caillou. Pour avoir payé au premier ou au second barrage ne vous exempte pas de le faire autant au prochain. Au risque de se faire déposséder ou de voir sa voiture caillassée ou sa moto enlevée.

Pour une réelle République, pire que celle décrite par François Soudan, c’en était un et les jeunes promettent de remettre ça, « pour faire payer à Alpha Condé sa complaisance et son ingratitude », comme le déclarait ce jeune à moitié nu et suant de toutes parts, ordonnant les gamins à faire des exactions sur des usagers. Pourtant, dans cette partie de la Guinée, le parti au pouvoir, le RPG, est sans partage. Pour preuve, les stigmates de la campagne – tissus jaune avait été déchiré en notre présence – étaient encore visible. Le décor faisait peur, ainsi que ces nombreux jeunes et femmes en transe. On n’a pas vu l’ombre d’un policier et d’un gendarme.

Entre Mafanco et Matam, les usagers se sont tapés plus de 5 heures, coincés entre peur et bouchons provoqués. Certains étaient contraints de garer, de couper le moteur et aller s’asseoir dans un café ou être témoin de l’escalade, de l’effet de contagion. On s’achemine donc vers la naissance d’autres Républiques : Matam et Matoto. Des signes qui ne trompent pas. Une alerte pour le président !

Jeanne Fofana, www.kababachir.com

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