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Fragments d’Histoire : L’HISTOIRE DE SIGUIRI

Fragments d’Histoire : L’HISTOIRE DE SIGUIRI

Origines:

Siguiri, appellation actuelle du chef-lieu de la préfecture de même nom, comprenait dans les temps les plus reculés, selon la tradition orale, toute cette partie de l’ancien Soudan s’étendant de l’Est à l’Ouest entre Balandougou sur la route de Bamako et le marigot de Kada sur la route de Damissakoro, du Nord au Sud, entre Foukadjan au dessous de Kita, Koba (dans le Sèkè) et la rive droite du fleuve. Ces territoires situes sur la rive gauche faisaient partie du grand empire Manding qui, au XlVe siècle était limité à l’Est par la rive droite du Niger, à l’Ouest par l’Océan, et au Nord par le Sahara.

Le nom Siguiri avait été particulièrement donné à cette contrée envahie de brousse intense par les habitants du Djoma, du Koulybalidougou, du Bouré, du Kolonkalan parce que très réputée pour abriter d’immenses troupeaux de « Sigui » (buffles). Le suffixe « ri » étant caractéristique en Foulfoulbé du nom du pays.

Sa Situation privilégiée, très propice aux cultures, grâce à la proximité du fleuve ne restait pas ignorée des voisins qui nourrissaient de fortes convoitises. Ce ne fut qu’a la suite d’incursions répétées que certains tentèrent une; Installation provisoire au pied de la colline « mögoyà tinti  » au Nord de Tiguibiry. Cependant, la rive droite les attirait. Le Niger franchi, ils édifièrent en hâte quelques cases au lieu dit : « Taba sabani « . Toujours selon la tradition orale, ils demeurèrent attachés à ce lieu durant de longues années. Après quoi, orientant leur exode vers l’Est, ils vinrent se fixer à Siguiri-Koro (vieux Siguiri) entre la mare Djanda et Somonobougou-Niger. Mais chassés de cet emplacement par des inondations périodiques, ils traversèrent le fleuve et optèrent pour le site actuel.

Le territoire actuel de la préfecture de Siguiri est situé en majeure partie sur la rive gauche au Niger. Ce territoire était habité par des noirs de race Mandingue qui constituent, nous les savons, la race autochtone.

Niani, capitale du plus prestigieux empire noir connu (l’empire du Mali) relevait de l’ancienne région administrative de Siguiri en République de Guinée. Ce n’est qu’en 1975 qu’il sera rattaché à Mandiana nouvellement érigé en région administrative. L’empereur le plus remarquable du Mali a été incontestablement Magan Soundiata Keita, natif de la sous-préfecture actuelle de Nyagassola dans la préfecture de Siguiri.

 administration coloniale:

(Périodes pré-coloniale et post-coloniale) :

– 1884: Création du poste fortifié de Nyagassola.

– 1885: Bataille livrée contre l’Almamy Samory Touré par le lieutenant-Colonel Gallieni aux portes de Nyagassola.

– 1886 : Exploration par la première colonne du Lieutenant-colonel Gallieni des routes menant à Siguiri.

 – 5 février- 28 mars 1887: Signature d’un traité entre le Lieutenant-colonel Gallieni et l’Almamy Samory Touré

relatif au Statut juridique des territoires situé sur la rive droite du Niger reconnus empire de l’Almamy et ceux de la rive gauche sous influence française.
– 1887 – 1888: Deuxième expédition de la colonne Gallieni, reconnaissance du village de Siguiri et de ses environs.

– 20 janvier- 1er mars 1888: Construction du fort de Siguiri qui est la préfecture actuelle.

1888 : Création du poste de Siguiri dont le commandement est confié au Capitaine d’infanterie de Marine Roiff Pierre.
Cette circonscription formait à l’époque avec les cercles de Bakel, Médine, Bafoulabé, Kita et Bamako, la nouvelle colonie du Soudan Français.

1888: Construction de la ligne téléphonique reliant » Siguiri à Nyagassola et au fort de Kita.

  Les anciennes limites de l’Empire de Wassoulou

– 21 février 1889: Nouveau traité signe entre l’occupant français et l’Almamy Samory Touré redéfinissant les frontières entre les possessions françaises et l’empire du Wassoulou.

– Décret du 28 août 1890: Première Organisation du Soudan français. Siguiri en fait partie.

– Décret du 27 août 1839 : Deuxième réorganisation du Soudan Français, le cercle de Siguiri en fait partie.

– Décret du 16 juin 1895 : Création du Gouvernement Général le cercle de Siguiri dépend de la région militaire Sud.

– Décret du 17 octobre 1899: Réorganisation du Gouvernement Général, morcellement du Soudan Français. La région militaire Sud est supprimée. Le cercle de Siguiri est rattaché à la Colonie de la Guinée Française.
Création de la région de la Haute Guinée, le cercle de Siguiri en dépend.

– Mars 1906 : Suppression de la région de la Haute Guinée, le cercle de Siguiri devient autonome.

1895 : Création de la première école primaire publique de Siguiri qui est dirigée depuis 1905 par un instituteur.

– Janvier 1908 : Création de l’assistance médicale dirigée à l’époque par un élève- médecin africain, secondé par un infirmier africain.

– 15 juin 1908: Organisation de la première Opération de recensement de la population. Les résultats obtenus étaient les suivants :

* Population africaine : 61.921 habitants
* Population européenne : 81 habitants
* Français : 52 dont 1 femme
* Anglais : 22 dont 2 anglaises
* Suisses : 3
* Italiens :1
* Australiens :2
* New Zélandais : 1

Les populations :

De nombreux groupements humains peuplent Siguiri d’aujourd’hui. On y trouve essentiellement les maninka et les sous-groupes assimilés (Djallonka, Ouassoulou-foula et Sarakollé).
En abordant l’histoire des populations de la préfecture de Siguiri, deux constatations semblent retenir l’attention:

– Premièrement la disparition ou l’assimilation totale des premiers occupants (Korogba, Bambara) par les nouveaux venus (maninka).

– Deuxièmement la quasi prédominance aujourd’hui de l’élément maninka dans une région pourtant cosmopolite à l’origine.
La supériorité numérique écrasante des maninka explique le rôle prépondérant et l’impact profond qu’ils exercent sur la vie des autres groupements dont les spécificités semble à peine perceptible. Cependant, il faut reconnaître qu’ils ne sont ni les premiers ni même les seconds occupants de Siguiri. Ainsi, conformément à la Chronologie, nous avons :

a)- Les Bambara : ayant refoulé les Korogba, les Bambara appartiennent à la grande famille des Koulibaly dont la terre d’asile est le Koulibalydougou (actuelles sous-préfectures de Kiniéran et de Dialakoro).
Ils auraient occupé cette région entre le IXe et le Xe siècles. Chasseur émérite, ils pratiquaient aussi l’agriculture et l’artisanat. Animistes, les Bambara n’embrassèrent que très tardivement la religion musulmane. D’ailleurs, ils restent encore très attachés à leurs cultes.

b)- Les Djallonka : ils viennent immédiatement après les Bambara dans l’occupation des régions du Niger. Ils occupèrent les provinces du Bouré (sous-préfecture de Kintinian), du Bidikah (sous-préfecture de Franwalia), du Ménien (sous-préfecture de Maléa), du Baraka (sous-préfecture de Siguiri), du Görö (sous-préfecture de Naboun).
La principale famille des Djallonka de Siguiri est celle des Camara ; elle serait arrivée dans cette région après la chute du royaume de Soumaoro Kanté au début du XIIIe siècle.

c)- Les Maninka : on les trouve un peu partout dans la préfecture de Siguiri. C’est ainsi qu’un essai de localisation du groupement fait comprendre qu’ils se repartissent tout le long des deux rives du Niger.

Sur la rive droite on les rencontre principalement dans le Diomanoukou (l’actuelle sous-préfecture de Sansando) ; C’est le domaine des Keita. Toujours sur la droite, les Maninka constituent le groupe dominant dans le Kolonkalan (actuelle sous-préfecture de Norassoba) ou vivent en majorité les familles Doumbouya, Magassouba et Traoré.

Sur la rive gauche, on retrouve les Maninka en grand nombre dans le Nouga (actuelle commune urbaine) avec comme familles dominantes les Magassouba, Camara, Traoré et Doumbouya. Dans l’extrême Nord de cette rive, dans le Kendé-Mandé (actuelle sous-préfecture de Nyagassola), c’est encore le domaine des Keita.

Enfin, toujours sur cette rive gauche, la province du Sèkè (actuelle sous-préfecture de Doko), terre habitée par les Magassouba, Camara, Traoré et Simakan et enfin l’actuelle sous-préfecture de Bankon (une ancienne partie de la province du Nouga) est habitée par des familles Traoré, Camara, Doumbouya et Keita.

Ces Maninka sont les fondateurs des provinces qu’ils occupent. Selon la tradition orale et les différentes monographies des provinces du Haut Niger, les Maninka seraient arrivés dans cette région après leur victoire dans la grande bataille de Kirina en 1235 dans l’espoir d’étendre leurs territoires. L’arrivée des vagues les plus importantes ne s’effectuera qu’entre le XlVe et le XVIe siècles.

d) -Les Ouassolon-Foula : les grandes familles, Peulh vivant dans la préfecture de Siguiri sont celles des Diallo et des Sangaré ; on y rencontre quelques groupements tels que les Diakité et Sidibé. Ils seraient arrivés dans cette région approximativement au même moment que les Maninka.

Pendant longtemps, les familles Peulh de Siguiri se sont particularisées dans la pratique de l’élevage. Cependant, il faut reconnaître que les Ouassoulon-Foula n’ont pas pu bâtir une entité géopolitique solide durable. Ils se sont fixés à côté des autres groupements avec lesquels ils vont développer les relations matrimoniales qui vont favoriser des brassages profonds. Aujourd’hui on rencontre les Ouassoulou-Foula un peu partout à travers la préfecture de Siguiri.

e)- Les Sarokollé : on les rencontre principalement dans le Sakodougou. Très tôt islamisés, ce sont les Sarakollé (Sako, Sylla, Touré, Bérété, Cissé….) qui vont aider l’expansion de l’islam dans toutes les régions du haut el du moyen Niger. Ils seront longtemps les imams, les conseillers et les maîtres des rois du Mandé.
Cependant, ils n’arriveront dans le Siguiri que tardivement aux environs du XVIIe et du XVIIIe siècles.

II faut retenir enfin, qu’aujourd’hui ces populations ont procédé à un échange profond des éléments de leurs cultures ; ce qui fait croire à beaucoup d’observateur que tout Siguiri appartient à la même aire de culture. Jusqu’au XVIIe siècle Siguiri était une partie intégrante des empires du Soudan médiéval. Mais, au lendemain de la dislocation de l’empire des Keita l’essentiel de l’organisation sociopolitique et économique continuera à s’articuler sur celle du vieux Manding.

Dans toutes les sociétés traditionnelles africaines, les rapports sociaux ont toujours reflété la vie des hommes dans Ie processus de production et de consommation. Dans la société de Siguiri, à l’image des autres sociétés africaines, Ie Système économique est basé sur l’autoconsommation et l’économie reposait sur la communauté familiale villageoise. Le surplus économique n’a jamais permis l’enrichissement de certains individus par rapport à d’autres.

II convient de signaler qu’on ne peut parler d’une division sociale du travail au sens littéral du terme dans cette société. II ne pouvait s’agir là que d’une répartition par tâche encore que celle-ci soit beaucoup poussée. Le bas niveau des forces productives, qui fait de l’énergie humaine un facteur essentiel de la production, imposa une répartition des tâches par âge et par sexe. En effet, les populations de Siguiri étaient fortement étagées et comprenaient fondamentalement :

– Les aînés : compte tenu de leurs connaissances et de leurs expériences acquises au cours des âges, ils étaient les organisateurs du travail, contrôleurs et gestionnaires du produit social accumulé à leur niveau ;

– Les cadets : hommes et femmes qui constituent des agents effectifs de la production. Au niveau des cadets il y avait aussi une répartition des tâches par âge et par sexe.

L’énergie humaine restait le facteur déterminant de la production. Or, cette énergie variait selon l’âge et Ie sexe. De façon générale l’aptitude physique e l’acquisition des connaissances (au sens large du terme) variait dans une proportion inverse.

L’aptitude physique s’épuise avec l’âge, et les connaissances s’acquièrent au fil du temps. Tout ce que nous venons de voir dégage une importance, accordée aux rapports de parenté, autorité des aînés sur les cadets ; tout cela, disons-nous, est redevable au faible niveau des forces productives.

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