‘’Le refus des droits de l’homme constitue le germe de la violence’’ (Kaly Diallo)

Les activistes des droits de l’homme sont vivement préoccupés par la radicalisation des discours politiques et les graves violations des droits humains et des libertés fondamentales dans notre pays.

Dans cet entretien exclusif qu’il a accordé à notre rédaction, Mamadou Kaly Diallo, activiste des droits de l’homme et membre de l’ONG ‘’Démocratie sans violence-Baillonette Intelligente’’, dénonce la dégradation des droits de l’homme ce dernier temps en Guinée.

Vous offrez actuellement une série de formations aux jeunes de l’axe dans le cadre de vos activités. Est-ce qu’on peut en savoir un peu plus ?

 Effectivement, la plateforme des jeunes de l’axe pour la démocratie et le développement, que nous avons initié et inspiré depuis juin 2013, dans le cadre de la promotion de la lutte pour la non violence, pour la construction d’un véritable Etat de droit sans violence, nous continuions à l’appuyer. C’est dans cette lancée que nous avons initié depuis le 06 Août dernier une série de formation sur les techniques d’enquête en matière de documentation sur les violations des droits de l’homme, les voies de recours sur les différentes sessions entre les atteintes sur les violations des droits de l’homme . Aussi, les voies des recours et la connaissance de manuels de procédures. Comme ce sont des jeunes qui sont souvent victimes des  violations des droits de l’homme qu’ils puissent savoir comment documenter ces violations des droits de l’homme, comment qualifier ces violations des droits de l’homme pour pouvoir saisir la justice et nous pensons que c’est un élément important dans le cadre de la lutte contre l’impunité. Ça c’est un premier niveau. Le deuxième niveau, c’est une série de formation dans le but de les aider à ce qu’ils soient outillés pour qu’ils soient autonomes, qu’ils puissent se prendre en charge et éviter l’instrumentalisation politique.

C’est dans ce cadre que nous avons initié aussi une autre formation de 18 jours en matière de technique de montage des projets. A ce jour, nous sommes à la phase technique et on est au 16ème jour. Au sortir de cette formation, il y a aura quatre projets que la démocratie sans violence les aidera à trouver des bailleurs de fonds, qui pourraient financer ces projets.

Quel est le nombre de jeunes visés par ce projet et quels sont vos objectifs ?

Il s’agit de 35 jeunes de l’axe qui constituent la plateforme, mais je précise que cette plateforme regroupe 18 associations et mouvements de jeunes. Donc ce sont les leaders de ces jeunes qui bénéficient directement, mais indirectement il y a beaucoup de jeunes qui vont bénéficier de ces formations. Et nous souhaitons vivement que les projets soient financés et ceux-là vont bénéficier les retombées.

La plateforme des jeunes de l’axe le dit clairement haut et fort et c’est un constat de tous les observateurs, l’Etat est présent seulement  sur l’axe Hamdallaye-Bambéto-Cosa-Kagbélen mais seulement à caractère répressif. Quand vous voyez les commissariats, quand vous voyez les escadrons, il y a en a assez. Mais quand il n’ya pas de lycée public, il n’ya pas d’Université publique, il n’ya pas de santé publique. Nous pensons aussi que la pauvreté est un facteur important de la violence. Donc en aidant ces jeunes, ils ont non seulement des techniques de montage des projets, mais nous pensons aussi qu’à l’effet d’obtenir des financements et de pouvoir gérer ces projets, il y aura la réduction de la violence.

Pensez vous que ces formations suffiraient pour promouvoir une quiétude sociale, quant on sait qu’il ne peut y avoir paix sans justice ?

Cela ne suffirait pas certes, nous sommes convaincus de cela. D’ailleurs, ce n’est pas seulement ces formations. Depuis juin 2013, nous sommes en train de fournir de l’effort pour prévenir la violence qui est exercée à ce niveau. Je pense que l’Etat doit revoir sa stratégie, sa politique de gestion de crises et de violences.

On dit souvent, le refus des droits de l’homme constitue le germe de la violence, de conflit à l’intérieur d’un Etat, ou même entre les Etats. Ce que nous avons déploré ce que depuis l’arrivée de l’actuel Premier ministre, il y aune dégradation des  libertés publiques, parce que vous avez vu les libertés fondamentales ont été bafouées, restreintes. Je vais parler de droit de manifestation.

Nous voulons rappeler que la protection, la promotion des droits de l’homme et des libertés fondamentales constituent le fondement de la paix, de la liberté et du progrès économique et social de toute nation. Vivement leur promotion pour que la Guinée puisse être un havre de paix où les citoyens pourront bénéficier le bien être et le mieux être tirés de ses richesses.

Parlant de restriction des libertés individuelles, on a assisté Samedi 1er septembre à l’interdiction de la circulation à Conakry de 6 h à 11 h du matin pour cause d’assainissement.  Quelle est votre réaction, en tant qu’activiste des droits de l’homme ?

La liberté de circuler est un droit constitutionnel. Donc vouloir utiliser ça pour une propagande pour empêcher les citoyens de circuler constitue une grave violation des droits de l’homme, d’autant plus qu’il y a des personnes nécessiteuses comme des personnes malades, des femmes en état de famille et tant d’autres. Je pense que l’Etat doit mûrir ses idées avant de prendre une décision. Je pense bien que le gouvernement peut le faire. D’ailleurs je déplore du côté de Lambandji l’information qu’on m’a remontée. Sur instruction du Premier ministre Chef du gouvernement, les personnes qui passaient les coffres de leurs véhicules ont été ouvertes et ils ont introduit des ordures dedans.  Je pense que ce sont des pratiques à ne pas encourager  et ce sont des pratiques à condamner avec la  dernière énergie.

Est-ce que réellement la circulation peut empêcher l’assainissement, étant donnée que l’assainissement est une activité quotidienne, qui se rapporte d’ailleurs aux collectivités décentralisées ?

C’est là que l’Etat se trompe. C’est bien de créer l’Agence Nationale de l’Assainissement pour la gestion des ordures. Mais il faut décentraliser ça, il faut revenir au niveau des communes, responsabiliser les gens. Et d’ailleurs il faut créer des PME que la gestion des ordures reviennent aux communes. C’est la seule manière de le faire sans restreindre la liberté d’aller et de venir des uns et des autres.

Après la signature de l’accord politique mettant fin à la crise post électorale et qui ouvre la voie à l’installation prochaine des élus locaux, on a assisté ce dernier temps à une montée des discours à caractère régionaliste et ethnique, impliquant même des religieux et des notabilités. Est-ce que cela vous inquiète ?

Oui, je condamne fermement. Vous savez en Guinée on ne mesure pas souvent la violence verbale. Or, elle a des conséquences fâcheuses. Permettez-moi de rappeler l’anecdote du Feu Thierno Madjou Sow, ancien Président de l’OGDH, qui nous a relaté, en mission au Rwanda dans les années 90, donc à la veille du génocide Rwandais, au compte de l’Union interafricaine des droits de l’homme. Il est descendu dans une famille Houtou, quand le papa est revenu du travail, une de ses filles âgé de 10 ans, lui a demandé   ‘’Papa pourquoi tu t’es marié à une Tutsu ? Tu ne sais pas que ce sont des cancrelats, ce sont des cafards’’. Donc il dit que dans son rapport, il a alerté la communauté internationale d’agir parce qu’il y avait risque de génocide. C’est juste pour vous dire que la violence verbale est très dangereuse. Et malheureusement de nos jours, si bien qu’un article de la Constitution stipule que quiconque s’illustre par des propos ethnocentristes ou régionalistes est puni par la loi. Mais en Guinée, nous voyons l’escalade de la violence verbale.  Et malheureusement la justice ne fait rien pour traduire les présumés auteurs devant les juridictions. Donc l’Etat encourage, parce que si l’Etat n’agit pas, l’Etat laisse faire alors que c’est sa responsabilité. Je m’indigne et j’alerte que ça c’est des conséquences qui pourraient graves pour notre nation et je ne souhaite pas.

Par où la solution devrait venir selon vous pour éviter que ce phénomène ne prenne de l’ampleur ?

Il faudrait que la justice agisse. Maintenant il y a un autre problème. Vous savez qu’en Guinée il y a toujours l’instrumentalisation des religieux. Ceux-ci ont fait le calcul sur fondement des recettes électorales. Vous avez vu ça c’est le problème. Je pense qu’il est temps que la Guinée, conformément à nos laborieux textes de lois, que les religieux restent dans le cadre religieux, et les politiques dans le cadre politique et que la Société civile joue son rôle de veille. Maintenant, l’instrumentalisation politique, nous le savons, mais je pense qu’à ce niveau là, il faut agir, parce que ça crée une frustration. Et l’accumulation de la frustration crée l’esprit de vengeance. On ne le souhaite pas parce que les conséquences pourraient être fatales.

Récemment la Guinée a été le théâtre des mouvements sociaux liés à la hausse du prix du carburant et la crise post-électorale. Ces crises perpétuelles sont-elles de nature à préserver la quiétude sociale ? 

Sur le plan politique je salue l’accord obtenu entre le Gouvernement, la mouvance présidentielle et l’opposition, au  nom de la paix. Je suppose qu’il a sauvé un affrontement si la manifestation avait eu lieu le lendemain.

Par contre, je dénonce vigoureusement du fait que des magistrats récalcitrants se sont laissés entrer dans ce jeu, parce que les fraudes électorales ont été avérées et les acteurs politiques ont reconnu qu’il y a eu fraudes électorales. Je pense que les magistrats guinéens doivent prendre de la hauteur pour éviter des telles pratiques non catholiques la prochaine fois.

Par contre, sur le plan social, c’est l’expression d’un échec patent du Premier ministre. Souvenez vous que l’article 58 est très clair. Le Premier ministre Chef du Gouvernement est chargé de la promotion du dialogue social avec les partenaires sociaux et les partis politiques. Du fait qu’ils ont refusé carrément le dialogue, vous avez vu  pour une fois les forces sociales ont été empêchées de manifester alors l’article 10 de la Constitution le confère à tous les citoyens guinéens. Ensuite, vous avez vu le mouvement social pour une deuxième fois pour ne pas dire première fois, parce que je me souviens en 2007 aussi les syndicalistes avaient été brutalisés,  vous avez vu cette fois –ci encore, ils ont été brutalisés et gazeux même. Le gouvernement a opté donc pour la répression au lieu de privilégier le dialogue. Donc je pense que là c’est un échec du bilan du Premier ministre. Un recul qui terni même l’image de notre démocratie. Je pense qu’il faut rectifier le tir en prônant le dialogue et en prônant les libertés fondamentales et l’exercice des droits constitutionnels.

Parlant du bilan  des 100 jours du Premier ministre, quelle leçon tirez vous de cette gouvernance ?

Les leçons que je tire, ce que lors de son discours programme, le Premier ministre avait promis une lutte sans faille contre la corruption qu’il dénonçait  au niveau des certaines régies financières et des départements ministériels. J’avais espéré quand il avait pris une décision révoquant deux directeurs généraux, de l’OGP et l’Office Guinéen des Chargeurs, qu’il allait tenir l’engagement. Mais ça n’a été qu’un feu de paille et la montagne n’a accouché que pour l’instant d’une souris.

Le dossier du 28 septembre traine et alors que les victimes et leurs familles attendent toujours que justice leur soit rendue.  Qu’en pensez-vous ?

 En tant qu’acteur des droits de l’homme je dis la lenteur continue sur les évènements du 28 septembre. Les victimes souffrent, certains même sont mortes et elles ont soif d’être rétablit dans leurs droits par la connaissance de la vérité, le droit à la justice, le droit à la réparation.  Mais il y a une lenteur judiciaire qui ne dit pas son nom même si on a salué quand même la mise en place du Comité de pilotage. Maintenant par rapport aux moyens financiers, je rappelle que les Etats-Unis se sont engagés à financer à hauteur de 1 million de dollars, l’Union Européenne aussi. Maintenant il est question de choisir le lieu où se tiendra le procès. Et je rappelle qu’au lendemain de cette tragédie, la communauté internationale s’est engagée à accompagner la Guinée  pour faire la lumière sur cet événement douloureux. C’est ce qui est en train d’être fait, parce que c’est grâce à l’Union Européenne que les 400 victimes et témoins qui ont été  entendus par les juges qu’ils soient là. Donc, une assistance judiciaire, une assistance financière, vivement l’identification du lieu et j’en suis sûr et certains que les moyens ne feront pas défaut et nous espérons que le procès se tiendra avant la fin de l’année pour rétablir les victimes dans leurs droits. C’est important parce que la tenue de ce procès pour ce dossier a un double avantage pour la Guinée. D’abord ça constitue un élément important dans le cadre de la lutte contre l’impunité, ça pourrait consolider les bases de l’Etat de droit, ça pourrait aussi consolider la paix et ça pourrait renforcer les liens sociaux et ça va également renvoyer une image forte au niveau des forces de défense et de sécurité pour dire que tout n’est pas permis puisqu’on est force de défense et de sécurité.

Nous sommes au terme de notre entretien, avez-vous un dernier message ?

Le dernier message, je l’adresse aux populations. Je suis vraiment indigné de voir la vindicte populaire. Je rappelle que la justice guinéenne n’inspire pas confiance compte tenu de certains actes pris pour une justice à double vitesse. Mais au même moment, dans un Etat qui se veut démocratique, nul n’a le droit de se rendre justice. Donc,  j’appelle humblement les citoyens guinéens à cesser  cette mauvaise pratique, la vindicte populaire. Au niveau du gouvernement, je souhaite que le Gouvernement fasse une déclaration solennelle sur la promotion et la protection des libertés fondamentales et des droits de l’homme, qui constituent la paix et la liberté du progrès économique et social de la nation. C’est ce que nous voulons pour le bien être et le mieux être des tous les guinéens.

 

Entretien réalisé par Abdoul Wahab Barry, www.kababachir.com

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