La retraite de ce juge américain va déclencher une “bataille politique épique”

Anthony Kennedy, un des neuf juges de la Cour suprême des Etats-Unis, a annoncé mercredi son départ à la retraite, ouvrant la possibilité pour le président Trump d’ancrer dans le conservatisme cette institution clé.

M. Kennedy, 81 ans, est souvent présenté comme le magistrat pivot de la haute cour, gardienne de la Constitution américaine: conservateur sur des sujets comme les armes à feu ou le financement électoral, il lui arrive de virer progressiste sur des thèmes comme l’avortement ou la discrimination positive.

30 ans à la Cour suprême
Il a annoncé sa retraite dans une lettre adressée à Donald Trump, par laquelle il exprime sa “gratitude”, son “honneur” et son “privilège” après avoir siégé 30 ans à la Cour suprême.

Le processus de remplacement du juge Kennedy va débuter “immédiatement”, a ensuite déclaré M. Trump, qui depuis son arrivée à la Maison Blanche a déjà eu l’occasion de nommer un juge très conservateur à la juridiction la plus élevée du pays. “Nous avons une liste de 25 personnes que j’avais présentée durant ma campagne. J’en avais 20 et j’en ai ajouté cinq”, a-t-il poursuivi.

Le bon choix
Lors d’un meeting de campagne dans la soirée, le président s’est dit “honoré” de la décision de M. Kennedy de prendre sa retraite pendant son mandat. “Il avait confiance en moi pour que je fasse le bon choix pour faire vivre son héritage”, a-t-il déclaré en appelant ses partisans à se découvrir pour rendre hommage au magistrat.

La retraite de M. Kennedy était redoutée par les démocrates américains et toutes les organisations progressistes du pays, qui savent que M. Trump voudra lui nommer un remplaçant nettement plus à droite. On peut donc s’attendre à une bataille politique épique autour de celui appelé à succéder à M. Kennedy, qui était doyen de la Cour suprême en durée d’exercice: il y avait été nommé par le président républicain Ronald Reagan en 1987.

Désigné à vie
Les sages de la Cour suprême sont désignés à vie par le président américain en exercice et doivent être confirmés par un vote du Sénat, actuellement à courte majorité républicaine. Cette vacance à la Cour suprême “est la plus importante depuis au moins une génération”, a averti le chef des sénateurs démocrates, Chuck Schumer.

“En jeu se trouvent le sort de notre système de santé, le droit des femmes en matière de procréation et d’innombrables protections pour les Américains moyens”, a-t-il ajouté.

Un juge décisif
Au sein de la haute cour, c’est souvent le juge Kennedy qui a départagé les quatre juges progressistes des quatre juges conservateurs. M. Kennedy s’est révélé décisif notamment dans le domaine des droits des homosexuels: en 2015, grâce à lui, a été emportée la décision légalisant le mariage gay dans tous les Etats-Unis. Le magistrat d’origine irlandaise avait alors rédigé l’arrêt historique.

Rôle crucial
L’octogénaire, catholique pratiquant et diplômé de la prestigieuse Harvard Law School, a passé sa jeunesse en Californie. La Cour suprême, dont la mission première est de veiller à la constitutionnalité des lois, joue un rôle crucial en tranchant les importants débats de société aux Etats-Unis, un rôle davantage assuré par les parlements dans d’autres pays. C’est dire l’importance qu’aura le successeur de M. Kennedy, qui pourrait cimenter l’institution dans le conservatisme.

Forte résistance des démocrates
Mitch McConnell, le chef des républicains au Sénat, prévoit de boucler le processus de confirmation à l’automne. On peut s’attendre à une forte résistance des démocrates, qui seront tentés de jouer la montre, comme l’avaient fait les sénateurs républicains majoritaires qui avaient refusé même d’auditionner en 2016 un magistrat nommé par Barack Obama à la Cour suprême, en justifiant leur attitude par l’approche de l’élection présidentielle. Au final ce juge, Merrick Garland, n’avait pas été confirmé au poste et Donald Trump, une fois élu, avait pu choisir un candidat nommé Neil Gorsuch.

“Nos collègues républicains devraient suivre la règle qu’ils ont instituée en 2016 et refuser d’examiner toute candidature d’un juge à la Cour suprême une année d’élection”, a dit M. Schumer en référence aux scrutins de mi-mandat en novembre.

Dans un pays extrêmement polarisé politiquement, la confirmation de M. Gorsuch a fait l’objet d’une âpre bataille, qui a fait voler en éclats une règle historique du Sénat imposant une majorité qualifiée pour permettre le vote. M. Trump avait finalement eu le dernier mot et le juge Gorsuch s’est révélé un fidèle défenseur dans ses jugements des valeurs traditionnelles républicaines.

AFP

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