Indice Mo Ibrahim: une Afrique au bilan contrasté

C’est le baromètre le plus en vue sur l’état de la gouvernance en Afrique. Depuis plus de 10 ans, l’indice Mo Ibrahim est un outil incontournable pour mesurer et contrôler les efforts des gouvernements africains en termes politique, social et économique. La fondation Mo Ibrahim a publié ce lundi à Londres les résultats annuels.

Le milliardaire britanno-soudanais Mo Ibrahim, en créant cet indice, voulait qu’on en parle, que le public s’empare de ses chiffres sur l’impact des politiques publiques en Afrique ou leur inefficacité. Des statistiques qui émanent d’une trentaine d’institutions internationales indépendantes, des rapports d’experts et des études d’opinion.

Et l’indice rencontre du succès puisque depuis sa publication hier, le classement des Etats en fonctions de leur note en matière de gouvernance est vivement commenté sur les réseaux sociaux.

Ce qu’on peut retenir de ces chiffres, c’est qu’avec le recul d’une décennie, on voit une amélioration des principaux indicateurs : la sécurité, l’Etat de droit, la participation et les droits de l’homme. Si l’on prend ensemble cette centaine d’indicateurs, les cinq pays les plus performants sont l’île Maurice, les Seychelles, le cap Vert la Namibie et le Botswana. Les pires : la République centrafricaine, l’Erythrée, la Libye et le Soudan du Sud.

En termes de progression, la palme revient à la Côte d’Ivoire qui passe de la 41e à la 22e place et le Maroc qui a sauté 10 places.

Globalement, trois Africains sur quatre vivent aujourd’hui dans un pays où la gouvernance s’est améliorée. Dans le domaine de la santé en particulier où tous les pays ont concrétisé leurs efforts ainsi que dans les infrastructures. Des améliorations donc, mais un gros point négatif, le « développement économique durable ».

Une donnée clé

Si le produit intérieur brut a explosé en Afrique de 40 % en 10 ans, autrement dit que les Etats se sont enrichis, la population n’en a pas tiré profit, ou très peu. Cet indice n’a augmenté que d’un pauvre 0,2 % en une décennie.

Sur les 54 pays africains, 39 ne parviennent pas à offrir des opportunités économiques à leurs citoyens, que ce soit un travail, la possibilité de monter une affaire, de demander un prêt bancaire. Les faibles performances de grosses économies africaines ont pesé dans les données globales.

En moyenne, l’indicateur de la création d’emplois a perdu 3,1 points et celui de l’insertion socio-économique des jeunes 2,3 points. Ainsi, le sentiment des jeunes qu’ils n’ont pas assez d’opportunité professionnelle dans leur pays progresse.

Outre l’Egypte, des pays pétroliers comme l’Angola ou l’Algérie n’ont pas assez utilisé leur manne pour diversifier leur économie et offrir des opportunités à la population. La fondation Mo Ibrahim relève un « déclin préoccupant » en matière d’éducation sur les dernières années.

Une bombe à retardement, car dans 10 ans, la population en âge de travailler aura augmenté de 30 %. Les Etats tardent à réagir alors que cette situation ne fait qu’augmenter le risque des tensions sociales, voire sécuritaires, pour ces pays.

Le sentiment de sécurité recule

Il y a bien sûr le risque terroriste qui sévit au Sahara, au Sahel ou en Afrique de l’Ouest et qui affecte directement les populations et les structures. De plus, difficile de se développer sans sécurité comme on le voit hélas avec la Libye ou la Centrafrique entre autres. Cette insécurité a tendance à renforcer les régimes forts et à faire reculer les droits, y compris sociaux comme le droit de manifester par exemple.

L’Indice Mo Ibrahim, un outil utile pour faire avancer le débat sur la gouvernance ?

Cette question est posée depuis 10 ans. Les critiques estiment que faire une note globale qui mélange performances en matière de droits politiques ou encore d’accès aux médicaments est problématique. Cela aboutit à mettre en première position des Etats comme l’île Maurice dont la fiscalité attire forcément plus d’entreprises.

Le classement ne prend pas en compte la spécificité des Etats, leurs constructions politiques particulières par exemple qui peut très souvent influer sur les performances des institutions. On se doute bien par exemple que l’Etat malien n’a pas la même marge de manœuvre que le Rwanda pour améliorer la vie de ses concitoyens. S’intéresser à ces questions, c’est faire de la politique, et la fondation Mo Ibrahim s’en est toujours défendu. Elle n’émet aucune recommandation aux Etats et se contente de compiler le plus de données possible pour que les sociétés civiles s’en emparent afin qu’ils interpellent leurs gouvernements. Quand bien même toutes n’auraient pas la même capacité d’influer sur les choix de leurs gouvernements respectifs.

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