« Il faut que les jeunes prennent leur destin en mains…» (Karamba Conté)

Problématique d’emplois jeunes, immigration clandestine, instabilité politique et sociale, dégradation du climat des affaires, industrie du livre, voilà entre autres questions que nous avons abordées avec Monsieur Karamba Conté, PDG de ‘’Karamba Dounia Business’’.

Dans un entretien qu’il a accordé à notre rédaction, ce jeune entrepreneur explique comment il est parvenu à se trouver une place dans un secteur porteur de l’économie nationale.

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Bonjour Monsieur Conté

Bonjour Monsieur

Kababachir.com : Parlez nous brièvement de votre entreprise

’Karamba Dounia Business’’ est une jeune entreprise qui évolue dans la papeterie, le bureautique, l’informatique, des cadeaux et divers, bientôt nous serons dans les meubles et dans l’avenir nous comptons investir dans l’immobilier.

Karamba Conté : Qu’est ce qui vous a réellement  motivé d’investir dans ce secteur ?

Le secteur de l’éducation est un secteur phare du développement. Il fallait que quelqu’un y pense pour investir. Et comme moi j’étais là, j’ai pensé à y investir, je voulais aider les jeunes guinéens qui voulaient se former pour pouvoir accéder à certaines informations.

 

 

Nous savons bien que c’est un secteur qui n’est pas facile, comme d’autres secteurs, d’ailleurs  en ce sens que le guinéen lu peu, et le pouvoir d’achat reste très limité. Est-ce que vous n’avez pas de difficulté d’écoulement ?

Les difficultés, il y en a dans tous les secteurs. C’est vrai que le guinéen ne lit pas, ou bien lit peu, même nos Chefs ne lisent pas, il faut le reconnaitre, c’est une question de culture. C’est vrai que  les guinéens n’arrêtent pas de se plaindre de la cherté de la vie, mais ceux qui ont appris continuent à nous enrichir à partir de leur savoir. Chacun a la capacité de payer un téléphone d’un million, de deux millions, ça, ce n’est pas cher, mais un livre à 50 000 FG, 20 000 FG, qui peut lui amener à créer quelque chose, que ça soit scientifiquement ou techniquement, ça c’est cher pour lui. Mais quelqu’un qui s’est formé qui a créé quelque chose, pour payer les produits finis de ce dernier, ça, ce n’est pas cher. C’est ça aussi le problème du guinéen.

Avec la révolution technique et technologique, la plupart de ces documents que vous vendez aujourd’hui, on peut les trouver banalement sur internet. Comment vous arrivez à vous adapter de la réalité environnementale ?

Lors du lancement du livre digital, moi j’étais à Paris. Il avait été dit clairement que le livre digital n’était pas là pour remplacer le livre physique. C’est un autre support, c’est un autre moyen d’aider des gens qui ne peuvent pas accéder à une bibliothèque ou accéder à un livre à temps réel, pour pouvoir lire à partir des supports. Le livre en tant que tel, ne peut pas être remplacé numériquement avec le Kyndol ou avec Android ou avec un quelconque support.

Vous avez dû prendre part à plusieurs rencontres et colloques sur le livre et la lecture, notamment le salon du livre de Paris. On se souvient, la Guinée a été désignée en 2017 capitale mondiale du livre. Quelles ont été les retombées, selon vous ?

C’est vrai que la Guinée a été capitale mondiale du livre. C’était un projet qui devrait changer beaucoup de choses du domaine livresque. Mais cet événement culturel ne devrait pas être confondu à un autre problème qui est purement politique.  La Guinée capitale mondiale était un événement culturel, dont les politiciens ont profité pour récupérer, ils en ont fait autre chose. Nous, on s’est informé auprès des partenaires en France. D’autres pays qui ont été capitales mondiales du livre, il y a eu des retombées.  Mais chez nous, c’est autre chose. On est acteur culturel du livre, mais on n’était pas associé à cet événement, ni de près, ni de loin.

Donc, vous voulez dire que la Guinée n’a pas suffisamment profité de cet événement culturel ?

La Guinée n’a pas su profiter parce que cet événement culturel ça été géré par des personnes et non des structures adéquates, non des gens qui devaient gérer cette situation. C’est un petit comité qu’ils ont réuni, comme  on connait toujours les guinéens, ils ont fait ce qu’ils veulent faire, ils ont fait du tapage, ceux qui ont cru, ont cru, ceux dont on ne pouvait pas embrouiller, ils n’ont pas pu les embrouiller.

Quelles sont vos sources d’approvisionnement et quels sont vos réseaux de distribution ?

Nous avons plusieurs sources d’approvisionnement. Nous payons les livres en France, au canada, mais aussi en Afrique particulièrement dans la sous région. Parce qu’il y a des éditeurs africains qui font de très bon travail, nous les aidons à écouler leurs produits au lieu de les commander en occident avec les taxes y afférentes, parce que la Guinée est le seul pays au monde qui continue à taxer les livres alors que les livres ce sont des éléments culturels. Dans les accords internationaux, on a toujours ratifié les conventions, mais sur le terrain c’est autre chose. Quand tu arrives, on te dit il faut dédouaner ou bien va voir le ministre, c’est compliqué !

Par rapport aux  réseaux de distribution, nous avons certaines écoles privées, les librairies, mais nous bougeons aussi vers d’autres clients, nous n’attendons pas forcément qu’ils soient là, nous leur conseillons, nous leur parlons de livres par rapport à leurs objectifs, nous leur demandons ce qui va et ce qui ne vas pas. On peut les aider à trouver un livre qui puisse les aider dans leur domaine spécifique lié à leur évolution soit dans la société ou leur évolution personnelle.

Depuis trois mois le secteur de l’éducation est perturbé dans notre pays, en raison de la grève du SLECG. Est-ce que vous ressentez réellement le poids de cette grève, sachant bien que le secteur de l’éducation reste un gros client à travers notamment les fournitures scolaires?

Le poids de la grève, tout le monde le ressent. Il n’y a pas que le secteur de l’éducation ou commercial, parce que c’est une scène qui va des livres aux fournitures, mais qui va aussi au delà de tout cela,  des habits des chaussures, des denrées alimentaires, c’est une grande manne économique qui est bloquée à partir de cette grève.

Est-ce que vous évoluez aussi dans d’autres secteurs d’activités ?

Oui. Nous sommes en train d’investir dans l’agriculture et à l’avenir, nous comptons également nous investir dans l’immobilier.

Vous êtes un diplômé d’université qui a décidé de créer votre propre entreprise. Si vous aviez un message à lancer à l’endroit des jeunes guinéens.

Le message que je peux lancer à l’endroit des jeunes guinéens, mais aussi à la jeunesse Africaine dans son ensemble, c’est de travail et d’arrêter de rêver  et de croire tout ce qu’on leur dit. De ne pas prendre la politique comme une religion à sa fin. Et puis, de se battre et de compter sur soi-même, c’est ça l’avenir. Ce qui est sûr, on n’est pas là pour former des gens et attendre à ce que chacun soit Directeur ou responsable quelque part. Au contraire, c’est pour que tu puisses te démerder toi-même dans la vie que tu mènes à travers la formation que tu as suivie, que tu puisses créer quelque chose  à travers laquelle tu puisses vivre et nourrir ta famille.

Parlant du climat des affaires l’instabilité politique amène à un ralentissement des activités économiques. Vous qui êtes un des acteurs de l’économie nationale, comment vous traversez cette période?

Il faut que les gens se démarquent des problèmes politiques parce que, cela ne nous fait pas avancer. L’Etat n’est pas responsable, l’opposition non plus. Il faut que la jeunesse compte sur soi-même et qu’on arrête d’accuser le gouvernement, l’opposition ou l’occident, qu’on prenne notre destin en main, parce que, dans tous les pays qui sont développés aujourd’hui, ils sont partis sur cette base-là. Si nous continuons à rejeter la responsabilité l’un sur l’autre, c’est nous qui allons subir les conséquences, il faudrait que la jeunesse se débarrasse de la politique, parce que nous savons ce n’est pas quelque chose qui aboutisse souvent à des résultats concrets, seul le travail est réel, le reste, c’est du virtuel.

Aujourd’hui beaucoup de jeunes tentent la traversée à la Méditerranée pour rallier l’Europe, considérée comme l’eldorado, au risque même de leurs vies. Si vous aviez des conseils à ces jeunes qu’auriez vous dit ?

L’Europe n’est pas l’eldorado, l’occident en général. Pour vivre en Europe, c’est un autre facteur qui est très compliqué. Ce que tu fais là bas à 100% pour vivre, tu peux le faire ici à 50% pour vivre bien et mieux. Même les Européens eux-mêmes, ont des difficultés pour trouver un emploi. La crise économique a touché tout le monde sauf la terre. Parce que quand tu cultives, tu as moins des difficultés. Mais la jeunesse Africaine pense qu’on ne va pas à l’école pour être agriculteurs, alors que c’est le contraire. Il faudrait que la jeunesse Africaine se ressaisisse. Ils vont revenir chez eux et ceux qui sont là, ils vont se battre pour pouvoir travailler dans les normes, créer une entreprise petite qu’elle soit, pour pouvoir l’améliorer et un jour la rendre une grande entreprise. Toutes les grandes entreprises ont commencé comme ça, c’est comme dans la conduite, on ne commence pas par 5ème pour évoluer, on met premier et puis, on continue au fur et à mesure.

Pensez-vous que l’impact des réseaux sociaux, notamment facebook, contribuent aussi à pousser les jeunes vers l’immigration clandestine ?  

La jeunesse elle-même est victime. Etre jeune, c’est être victime de tout, parce qu’on ne réfléchit pas profondément tout le temps on croit que quand on va par ci, par là, ça marche. Mais ceux qui voient la réalité comprennent tout de suite qu’ils ont pris le mauvais chemin. Les réseaux sociaux ont un impact plus négatif que positif pour la jeunesse Africaine. Les réseaux sociaux ne sont pas contrôlés. Il se passe du n’importe quoi dedans, les gens n’utilisent pas pour se former, c’est plutôt pour aller sur des choses qui ne leur rapportent rien. Entre autres, des sites pornographiques, des sites de criminalité et tout ce qui s’en suit. Ailleurs les gens utilisent les réseaux sociaux, mais c’est pour leurs affaires. En Asie par exemple, tout le monde est connecté, mais c’est pour leurs affaires. Ils n’écrivent même pas, c’est pour fouiller où je peux trouver tel produit à quel prix, qui vend moins cher, il est à quelle distance de moi. C’est ce qui les intéresse sur les réseaux sociaux. Le reste ne les intéresse pas et la jeunesse Africaine, c’est le contraire qu’ils font. Ils n’utilisent pas pour une fin économique, pour des informations utilises, ils utilisent pour permettre de leur temps et perdre de l’argent. Chaque minute de connexion, l’argent revient à une entreprise et toi tu le perds, donc c’est regrettable que tu ne l’as pas utilisé à des fins économiques.

Nous sommes au terme de notre entretien, avez-vous un dernier mot ?

Ce que je vais dire à la jeunesse guinéenne, c’est de se battre, se donner à fonds, de croire et puis de pouvoir créer quelque chose. Rester au quartier pour faire le thé et se connecter tout le temps sur facebook, ça n’intéresse personne. Il y a des milliardaires aujourd’hui quand ils postent une photo, ça intéresse tout le monde, parce qu’ils ont dépassé le cap où on peut demander une équipe et toi tu cherches à ce qu’on te connait juste à travers ton image. Il faut attendre que les gens te présentent, il faut arrêter de se présenter.

Monsieur Conté merci.

C’est à moi de vous remercier.

Entretien réalisé par Abdoul Wahab Barry, www.kababachir.com

 

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