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Conakry

Histoire de la Guinée

caravane-Timbo

« Selon une légende, à l’origine il y avait dans l’île Tombo, non loin l’actuel port, un fromager géant sous lequel un paysan Baga du nom de Cona, qui avait construit sa case. Sa palmeraie produisait le meilleur vin de l’île, les gens de Kaporo venaient boire sous le fromager de Cona. Ils disaient alors, « je vais chez Cona, sur l’autre rive (nakiri) », ainsi par contraction ce lieu devin Conakry.

Les côtes de la Guinée furent découvertes par le navigateur Pedro de Sintra vers 1460, le Vénitien Ca Da Mosto écrivit (NB Les navigations du portugais Pedro de Sintra, écrites par Messire Alvise Ca’Da Mosto) en 1463 la relation de ce voyage:

… » Ces gens ont la coutume d’avoir les oreilles percées de trous, auxquels pendent différents anneaux d’or, attachés les uns aux autres. Ils ont également le nez percé par en dessous et au milieu, auquel ils suspendent un anneau d’or, comme nous le faisons chez nous avec les buffles. Quand ils veulent manger, ils retirent ces anneaux. Les hommes en portent aussi bien que les femmes. Il paraît que les femmes des seigneurs ou personnes de quelque importance ont les lèvres de leur nature percées de trous de même que leurs oreilles, pour signaler leur dignité ou condition supérieure; anneaux qu’elles mettent et enlèvent selon leur bon plaisir. »

…Le site de Conakry dépendait du royaume de Dubréka. La région était d’abord habitée par des Baga, mais ceux-ci accueillirent des Soussou, venus du Nord du Mandingue, après la destruction de leur capitale, sur le Niger, en 1236 par Soundjata Keïta. A partir du XVIè siècle plusieurs royaumes Soussou se développent, le Royaume de Rio Pongo et celui de Dubréka, le plus important.
Le royaume de Dubréka a été fondé vers 1600 par un émigrant Soussou, chasseur d’éléphants, nommé Soumba Toumamy, qui délivra les Baga des pillards, en remerciements ils le proclamèrent roi. Ses descendants régnèrent jusqu’à la conquête coloniale, en 1890. Le dernier roi, Balé Demba, accorda en 1885 une concession aux français, dans l’île de Tombo.

Mais l’histoire de la ville de Conakry débute le 8 mai 1887 avec la prise de possession, par les français, de la totalité de l’île de Tombo (aussi écrit Tumbu), et l’intention d’y fonder la capitale de la colonie des Rivières du sud. Les premières constructions ne datent pas que de 1889. En 1885 il y avait environ 300 habitants répartis en deux villages, Conakry et Boubinet et dans deux petits groupes de cases, Krou Town et Tombo. Conakry comptait environ 30 cases.
L’île était entièrement recouverte par une forêt de palmiers et de fromagers »…

Par Luc MOGENET

L’Afrique compte trois Guinées, avec chacune une langue officielle différente: français, portugais et espagnol. On distingue en effet :
1) la Guinée (245 857 km²) proprement dite appelée aussi Guinée-Conakry (francophone);
2) la Guinée-Bissau (36 125 km²) dite «Guinée portugaise» (lusophone);
3) la Guinée équatoriale (28 051 km² ) ou «Guinée espagnole» (hispanophone) ou «Guinée espagnole» (hispanophone).
La langue officielle de chacun de ces pays résulte de l’histoire de la colonisation européenne (France, Portugal et Espagne).

La Guinée-Conakry, appelée officiellement république de Guinée, est un pays d’Afrique de l’Ouest borné par l’océan Atlantique, limité au nord-ouest par la Guinée-Bissau (lusophone), au nord par le Sénégal (francophone), à l’est par le Mali (francophone), au sud-est par la Côte d’Ivoire (francophone) et au sud par le Liberia (anglophone) et la Sierra Leone (anglophone).

C’est un pays de 245 857 km², soit l’équivalant de 50 % approximativement de la surface de la France. La Guinée-Conakry comprend également les îles de Los au large de Conakry, la capitale. Plus de 1,5 million de Guinéens habitent Conakry qui est aussi une importante ville portuaire.
La Guinée-Conakry est divisée en quatre grandes régions (voir la carte détaillée): d’est en ouest, on trouve la Guinée maritime ou Basse-Guinée (en bordure de l’Atlantique), la Moyenne-Guinée ou le Fouta-Djalon (au sud du Sénégal: de hauts plateaux aux nombreux cours d’eau désignés comme le «château d’eau» de l’Afrique), la Haute-Guinée (une immense savane formant une zone de transition avec le Mali) et la Guinée forestière (région de montagnes couvertes de forêts à l’extrémité sud-est, près du Liberia).

2 Données démolinguistiques

Les quelque neuf millions de Guinéens sont répartis en près d’une trentaine d’ethnies parlant chacune leur langue. Étant donné que le dernier recensement officiel basé sur les groupes ethniques remonte à 1955, soit avant l’indépendance (1958), il est malaisé de s’appuyer sur ces statistiques. Sur les bases de ces données, on pourrait affirmer que les Peuls (ou Poulars) constituaient le groupe ethnique numériquement le plus important (40 % en 1955), suivis des Maninkas (connus sous le nom de Malinkés: 35 % en 1955), des Soussos (15 % en 1955), puis des Guerzés, des Kissiens, des Tomas, des Landoumas, des Bagas, etc.

En Guinée-Conakry, l’appartenance à une ethnie se révèle d’autant plus complexe qu’il existe de nombreux «regroupements» (mixages) dont il faut tenir compte. En effet, on distingue les «assimilés» (par exemple les Bagas et les Landoumans par rapport aux Soussous), les «apparentés» (par exemple les Toucouleurs et les Peuls) et les sous-groupes (par exemple les Kourankos, les Leles, etc., par rapport aux Malinkés).

On en arrive alors à des proportions différentes. Formant de 30 % à 35 % de la population, les Malinkés (Maninkas) et les «assimilés» constitueraient le groupe le plus important; ils seraient suivis de près par les Peuls et les Toucouleurs avec 30 %; viendraient ensuite les Soussous et «assimilés», puis les «forestiers» (ceux qui vivent dans la Guinée forestière), avec 18 %. Quant aux autres petites ethnies, elles ne représenteraient que 2 % à 3 % de la population. Quoi qu’il en soit, Peuls, Malinkés et Soussous constituent à eux seuls les trois quarts de la population.

Les trois principaux groupes ethniques se répartissent dans les quatre grandes régions géographiques de la Guinée. La Guinée maritime abrite près de 75 % des Soussos, mais on y trouve aussi presque toutes grandes les ethnies du pays, en raison de la présence de la capitale, Conakry, qui attire les Guinéens. Dans la région du Fouta-Djallon ou Moyenne Guinée, on trouve 80 % des Peuls et 14 % des Malinkés; ces derniers sont plus nombreux en Haute Guinée (45 % d’entre eux). Quant à la Guinée forestière, elle abrite surtout des Malinkés (35 % d’entre eux), mais aussi des petites ethnies telles que les Kissiens, les Tomas, les Guerzés, etc.

Les Guinéens utilisent essentiellement des langues nigéro-congolaises, telles que le poular (32 %) parlé par les Peuls, le maninka (24 %) parlé par les Malinkés, le soussou (10 %), le guerzé (3,8 %), le kissi (3,5 %), le toma (1,8 %), le dialonké (1,8 %), etc.

Le français est la langue officielle du pays, mais seulement de 15 % à 25 % des Guinéens le pratiquent; dans les campagnes éloignées, cette langue demeure à peu près inconnue. Le français sert de langue véhiculaire entre les ethnies, mais également le poular, le malinké et parfois le soussou. Pour ce qui est de la langue arabe, cette langue n’est employée que par les adeptes du Coran. Au point de vue religieux, les musulmans sont nettement les plus nombreux en Guinée, avec près de 85 % d’adeptes dans la population. On compte 5 % de Guinéens adeptes des religions traditionnelles animistes et 4 % de chrétiens (dont 3 % de catholiques et 1 % de protestants évangéliques).

3 Données historiques

Les Nalous et les Bagas peuplèrent la région dès le VIIIe siècle, et furent rejoints au XIe siècle par les Jalonkés d’origine mandée. Ils furent suivis par les Peuls et les Mandingues, qui arrivèrent entre le XVIe et le XVIIIe siècle, en apportant l’islam. Au XIIe siècle, la région fit partie de l’empire du Ghana et de celui du Mali. Ce dernier connut son apogée au XIVe siècle; il s’étendit du nord et de l’est de la Guinée à Tombouctou (Mali), avant de péricliter au siècle suivant.

3.1 L’arrivée des Européens

En vertu du traité de Tordesillas (1494) qui traçait les limites territoriales entre l’Espagne et le Portugal, le page Alexandre VI Borgia (1431-1503) avait contraint les Espagnols et les Portugais à s’entendre sur le partage du monde: tout ce qui serait découvert à l’ouest du méridien appartiendrait à l’Espagne et à l’est (Brésil et Afrique), au Portugal. En réalité, l’Église catholique avait attribué aux deux puissances péninsulaires, non pas des zones de colonisation, mais des zones d’évangélisation, mais cette distinction ne résista pas longtemps aux appétits impérialistes. En vertu du traité de Tordesillas, l’Afrique devait appartenir aux seuls Portugais, puisque les Espagnols y étaient écartés. Les autres pays de l’Europe, comme la France, la Grande-Bretagne et la Hollande, furent incapables de s’opposer au traité de Tordesillas jusqu’à la fin du XVIe siècle.

Les Portugais furent les premiers Européens, au XVe siècle, à longer les côtes de la Guinée et à entrer en contact avec les populations qui s’y trouvaient. Ils installèrent des comptoirs et pratiquèrent le commerce des épices, de l’huile de palme, l’or, de l’ivoire et… la traite des esclaves. La toponymie conserve encore leur marque (Rio Nuñez, Rio Pongo, Cap Verga, etc.) et plusieurs familles ont hérité de leurs noms (Fernandez, Gomez, etc.). Mais les Portugais entrèrent très tôt en compétition avec les Britanniques et les Français. Ils se trouvèrent rapidement circonscrits dans ce qui est devenu aujourd’hui la Guinée-Bissau.

Les Britanniques finirent par se contenter sans trop de difficultés de la Sierra Leone. Puis, en une quarantaine d’années, l’impérialisme français supplanta ses rivaux dans la région en étendant sa zone à partir de la côte maritime en direction du Fouta-Djallon et de la Haute-Guinée. Les autochtones ne connurent d’abord l’écriture que par l’alphabet arabe: une transcription de la langue peule en caractères arabes apparut d’ailleurs au cours du XVIIIe siècle, mais cette arrivée dans le monde de l’écriture fut ralentie sérieusement par l’invasion des forces coloniales.

Le Français Gaspard-Théodore Mollien découvrit la Moyenne-Guinée (Fouta-Djalon) et la ville de Timbo en 1818; pour leur part, l’Anglais Gordon Laing (1826) et le Français René Caillié (1828) atteignirent Tombouctou au Mali. En 1840, l’amiral français Bouet-Willaumez (1808-1871), futur gouverneur du Sénégal, signa les premiers traités avec des chefs locaux de la Guinée. En 1880, le Français Olivier de Sanderval jeta les bases de la colonisation européenne dans la région. Dans les années 1880, l’almamy (souverain) d’origine malinkée, Samory Touré, équipé d’armes modernes, prit le contrôle de l’intérieur du pays. En 1884-1885, suite à un accord entre les puissances coloniales de l’époque (France, Grande-Bretagne, Allemagne et Portugal), la conférence de Berlin reconnut les «droits» de la France sur la région.

3.2 La colonisation française

Le territoire de la Guinée devint une colonie française en 1893 et fut intégré à l’Afrique occidentale française (AOF) en 1893. Mais l’almamy Samory Touré mena une guerre organisée contre l’occupation française sur la côte et dans les massifs montagneux du Sud-Est, jusqu’à ce qu’il fut vaincu en 1898. Fait prisonnier en 1898, il fut déporté au Gabon où il mourut en 1900. Il fut l’un des derniers héros de l’histoire précoloniale du pays. Les résistances à l’occupation française continuèrent et ne cessèrent qu’en 1912, lors de la «pacification» de cette zone érigée en région militaire depuis 1899. Finalement, l’émiettement en multiples chefferies rivales facilita l’emprise française sur le pays. Mais les excès militaires français provoquèrent en 1911 une révolte des Guerzé et des Manons, qui fut réprimée avec une très grande brutalité.

La France imposa un système d’administration coloniale identique à celui appliqué dans les autres territoires africains de son empire colonial. Le français devint la langue de l’Administration. La plupart des documents officiels ne furent pratiquement jamais connus de la part des intéressés, sauf lorsqu’ils furent occasionnellement traduits dans un «dialecte local». Près de 95 % des Guinées ne fréquentaient pas l’école et ignoraient par conséquent le français. Cependant, le français était très répandu auprès de l’élite guinéenne qui n’hésitait pas au besoin à écourter les études coraniques de leurs enfants pour leur faire suivre leurs cours à l’école française.

La mise en valeur du pays demeura le fait des Français, car les autochtones ne fournirent que la main-d’œuvre à bon marché, notamment dans l’exploitation de la bauxite. Les sociétés françaises monopolisèrent les cultures d’exportation et les multiplièrent. Évidemment, l’exploitation des ressources naturelles s’orienta vers les besoins de la Métropole, ce qui suscita très tôt un syndicalisme très politisé, surtout dans les centres industriels et portuaires, qui se transforma en mouvements contestataires. Pendant les deux guerres mondiales, la Métropole fit largement appel aux soldats guinéens: 36 000 furent mobilisés en 1914-1918 et près de 18 000 en 1939-1945.

La Guinée française devint par la Constitution française du 7 octobre 1946 un «territoire d’outre-mer». À la fin de l’empire colonial français, le taux de scolarisation des «indigènes» restait inférieur à 12 %. Cette situation cachait aussi d’importantes disparités entre les sexes (par exemple, moins de 10 000 filles sur 45 000 enfants scolarisés), les milieux urbains et ruraux (dits «de brousse»), les différents groupes sociaux (fonctionnaires, artisans, ouvriers et manœuvres, paysans) et religieux (par exemple, écoles coraniques et les écoles privées catholiques), sans parler des régions géographiques. L’enseignement supérieur demeurait inexistant. Puis, inévitablement, une conscience politique anticoloniale se développa pour s’affirmer avec force après la Seconde Guerre mondiale.

3.3 Vers l’indépendance

En 1952, Ahmed Sékou Touré, arrière-petit-fils de Samory Touré, mena des activités politiques afin d’obtenir davantage de représentants africains dans le gouvernement local. Il fonda le Parti démocratique de Guinée dont il fit une organisation populaire fortement structurée. Lors du référendum du 28 septembre 1958, la Guinée fut le seul pays de toute l’Afrique francophone à rejeter la proposition du général de Gaulle concernant l’intégration des colonies de l’Afrique occidentale française au sein d’une éventuelle Communauté française. Sékou Touré, qui était convaincu que la France ne pourrait durablement ostraciser une Guinée si riche en produits miniers, demandait à sa population de voter NON au projet d’intégration à la Communauté française. Dans son discours au général de Gaulle à Conakry, le 25 août 1958, Sékou Touré, alors vice-président du Conseil de gouvernement, déclara:
Le projet de Constitution ne doit pas s’enfermer dans la logique du régime colonial qui a fait juridiquement de nous des citoyens français, et de nos Territoires, une partie intégrante de la République française Une et Indivisible. Nous sommes africains et nos Territoires ne sauraient être une partie de la France. Nous serons citoyens de nos États africains, membres de la Communauté franco-africaine.

Mécontente de la décision guinéenne après son vote négatif lors du référendum du 28 septembre (1958) sur la Communauté, la France suspendit immédiatement son aide (contrairement à ce que croyait Sékou Touré). En un mois, l’administration guinéenne se vit privée de tous les techniciens et fonctionnaires français, y compris les médecins, les infirmières, les enseignants, les responsables de la sécurité aérienne, etc. Pendant que les présidents Habib Bourguiba de Tunisie, Hamani Diori du Niger et Léopold Sédar Senghor du Sénégal se comptaient parmi les défenseurs les plus acharnés de la Francophonie, Sekou Touré, lui, continuait d’exiger pour son pays l’indépendance immédiate et totale, et proclamait haut et fort que la Francophonie constituait une «nouvelle forme de domination coloniale». Paris tentera d’empêcher l’admission du nouvel État aux Nations unies.

Source : http://www.axl.cefan.ulaval.ca

L’HISTOIRE ANCIENNE

Les recherches archéologiques menées en Guinée ont confirmé la présence de communautés de pêcheurs et d’agriculteurs sur les terres de la Guinée actuelle depuis 3000 ans. De nombreux foyers de vie ont été mis en évidence. Les vallées verdoyantes du Fouta Djallon, les bassins fertiles du Haut Niger propices à la cueillette, à la chasse et à la pêche ont attiré les hommes de bonne heure.

L’arrivée des populations, selon les chercheurs, serait consécutive au desséchement du Sahara, suivi de l’assèchement des fleuves, rivières et lacs. Les populations se déplacent vers les zones méridionales plus humides. Les terres comprises entre les fleuves Sénégal et Niger deviennent des zones privilégiées de regroupement des communautés d’éleveurs et d’agriculteurs. Tandis que certains groupes se dirigent vers les vallées du Bafing et de la Falémé, d’autres se fixèrent dans le delta intérieur du Niger.

Au 1er millénaire avant J.C., les premiers royaumes voient le jour dans cette région. La majeure partie du territoire guinéen a été partie intégrante des empires du Ghana et du Mali qui se sont succédé entre le IXème et le XVIème siècle. Le déclin de l’empire du Mali coïncide avec l’apparition en 1445, en Sénégambie, des premières caravelles portugaises. Cet empire est en proie à d’incessantes guerres de succession avec un pouvoir central affaibli et des provinces qui s’affranchissent progressivement de l’autorité de Niani. En 1464, Sonni Ali, un prince songhay monta sur le trône de Gao et parvint à amputer l’empire du Mali des provinces de la région de Oualata. Les mandingues perdirent le contrôle des pistes sahariennes au profit des songhay et refluèrent vers les régions occidentales de Guinée, de Gambie et de la Casamance.

Après quelques accrochages, les navigateurs portugais et les populations côtières firent la paix. Les portugais, intéressés par l’or, les peaux et autres produits exotiques du Soudan, les épices, les esclaves, vendaient des tissus, des ustensiles en fer, même des chevaux. Les mansas du Mali établirent des relations diplomatiques avec leurs homologues du Portugal.

A la faveur de ce commerce naissant des mouvements de populations drainent des familles maraboutiques et marchandes du moyen Niger vers le Gabou et la côte atlantique pour donner la configuration socio-politique connue à la conquête coloniale.
Entre 1456 et 1460, Pedro de Sintra aborda au cap Verga et plus au sud, il atteignit la pointe de l’île de Tombo où se trouve Conakry. Les Portugais donnèrent les noms de Rio Nunez, Rio Pongo (déformation de Araponka), Rio Kapatchez, etc. aux rivières de la zone côtière.

Au large de Conakry furent découvertes les îles baptisées « Ilhas dos Idolos » (îles des idoles) parce que les habitants de ces îles, lorsqu’ils viennent semer le riz apportent leurs idoles qu’ils adorent. Ces navigateurs ont noté que les Portugais sont entrés en contact avec les Landouma et les Nalou dans le Rio compagny et le Rio Nunez. Ils ont également signalé la présence des Djallonké à l’intérieur des terres.

Les rapports tissés avec les Bagas furent difficiles entre le Rio Nunez et la presqu’île du Kaloum. Ils attestent l’existence de trois Suzerains dans la région côtière : Farin Souzos (roi des sosso), Farin Cocoli (roi des Lanlouma) et Farin Futa (roi djallonka).

Ainsi naissent les royaumes Sosso de Bramaya, de Thia de Lakhata et de Dubréka.

Au XVIème, le royaume Dubréka s’affirme avec la dynastie créée par le chef de guerre Soumba Toumani.

Dans la région du haut Niger, les groupes de marabouts Sarakollés du Djafouna s’installent vers la fin du XVIIème siècle, s’établirent au Manding entre le Niger et le Milo. Ils fondent le royaume du Batè (entre deux fleuves) don Kankan est la métropole.

Les villages qu’ils fondent sont Diankana, Foussén, Karifamoriah, Bankonko, Forécariah, Tassilima, Nafadji. Ils s’adonnent au négoce et à l’enseignement corannique. L’Islam fut, par leur action, réintroduit au Manding après une longue parenthèse consécutive à la chute de l’empire du Mali. Au XVIIIème siècle, Kankan, la métropole du Batè devint la capitale d’un royaume puissant grâce aux activités commerciales et la réputation de ses marabouts dont le patriarche Alpha Kabiné fut un des plus illustres.

Au milieu du XVIIIème siècle, un groupe maninka parti du Batè et vint s’établir à l’embouchure de la Mellacoré où il fonda la province du Moréah. Ce groupe était composé des clans Touré, Youla, Sylla, etc. Il était sous la conduite du patriarche Fodé Katibi, fondateur de Forécariah, comme en Fouta Djallon, les chefs du Moréah prennent ce titre de Almamy.

La région forestière semble moins perturbée par ces mouvements de populations. Toutefois, on note que les Kissi, en provenance du nord, auraient transité par Faranah (Kobikoro) avant de s’installer dans leur habitat habituel où ils auraient basculé les Loma, qui semblent être les premiers occupants. Les Kpèlè, les Manon et Konon seraient partis de Moussadou (préfecture de Beyla) sous la poussée des Maninka, pour s’établir en plein coeur de la forêt dans le sud du pays.

LE TRAITE NEGRIERE ET LA PENETRATION COLONIALE

Les Rio et les îles offrent d’excellents abris aux bateaux. Les comptoirs commerciaux s’édifient et le commerce des esclaves prend progressivement le pas sur les autres formes d’échange.

La traite pèse sur la vie des populations et des royaumes, l’esclave devenant la principale monnaie d’échange qui permet d’obtenir les armes à feu. Les guerres entre royaumes se multiplient, les mouvements de populations s’intensifient. La carte géopolitique change au gré des guerres. Des nouvelles dynasties naissent des clans et des tribus se déplacent à la recherche de la sécurité et de la paix.

L’islam a joué un rôle le premier plan dans cette période d’instabilité.
C’est l’ère des marabouts fondateurs de villages ou des marabouts guerriers comme Karamoko Alpha de Timbo, Abdel Kader du Fouta -Toro, Ahmadou du Marina, El hadj Oumar Tall de Dinguiraye. Des royaumes théocratiques naissent, le Djallonkadougou deviendra plus tard le Fouta Djallon.

Le XVIIIème siècle voit la naissance et le rapide développement du royaume musulman du Fouta Djallon. Le djihad déclenché contre les animistes et autochtones sous la direction de Karamoko Alpha Sambégou, grand exégète du coran, érudit aidé par son cousin Ibrahima Sory, un franc guerrier. Les musulmans peuhls remportèrent la victoire à Talansan en 1730. Les autochtones émigrèrent vers la côte.

Les victorieux organisèrent un nouveau pouvoir fondé sur la loi coranique. Les neufs chefs religieux qui avaient dirigé le soulèvement devinrent les chefs des provinces. Alpha Sambégou Barry ou Karamoko Alpha fut élu Almamy et Timbo, sa ville devint la capitale du royaume. Le Fouta Djallon sera un important centre de rayonnement de l’islam dans la région, Kansala, la capitale du Gabon, dernier bastion animiste de Sénégambie fut assiégé et détruit.

Une décennie plus tard, le Fouta Djallon connaîtra ses premiers accrochages avec les Français. Le royaume gardera sa cohésion jusqu’à la conquête.
Après avoir battu l’Almamy Bocar Biro à Poredeka en 1896, ils éliminèrent Alpha Yaya Diallo, le roi de Labé.

Un bref aperçu sur l’organisation sociale et politique de cette époque montre que les sociétés pré -coloniales guinéennes ont connu un remarquable essor sur le plan économique et culturel.

HISTOIRE RECENTE

Du point de vue du contact avec les Européens, on peut dire que les Portugais furent les premiers à aborder les côtes guinéennes. Ils seront plus tard évincés par les Anglais et les Français qui deviendront les principaux animateurs du commerce des esclaves. C’est au début du XIXème siècle que la France manifestera clairement ses intentions sur la Guinée. Ainsi, à la suite de compromis entre les puissances rivales d’une part et de nombreux accords, traités et conventions conclus avec les chefs traditionnels, la France va occuper effectivement les « Rivières du Sud » à partir de 1875. Les limites territoriales de la Guinée française seront définitivement fixées le 1er juillet 1912, par un traité franco-anglais qui a précisé ses frontières par rapport à la colonie anglaise de Sierra Leone. La pénétration coloniale s’est heurtée, partout en Guinée, à la résistance des populations. Les plus farouche opposition a été menée sous la conduite de l’Almamy Samory Touré dont les troupes ont lutté pendant dix huit ans, contre les envahisseurs français.

Soumise à un système d’« Administration Directe », la Guinée a subi soixante années de colonisation qui ont pris fin, seulement avec le référendum du 28 septembre 1958 dont le résultat fit le couronnement de toutes les luttes politiques et syndicales menées par le peuple guinéen contre l’occupation coloniale, particulièrement depuis 1954. la Guinée a accédé ainsi à la souveraineté internationale, en proclamant son indépendance le 2 Octobre 1958.

Au cours de la première république (1958-1984), la Guinée a vécu sous un régime présidentiel dominé par un système de parti unique d’inspiration socialiste, qui dirigeait l’état et régulait l’ensemble de la vie économique, sociale et culturelle.
Le Comité Militaire de Redressement National (CMRN) instaure la deuxième république, en prenant le pouvoir le 3 avril 1984. au cours de la période transitoire (1984-1993), les nouvelles autorités ont opéré des reformes politiques, administratives, économiques et financières, pour traduire dans les faits, l’option libérale et asseoir les bases d’un état démocratique respectueux des droits de l’homme et des libertés individuelles. Ainsi, en décembre 1990, le pays s’est doté d’une Loi Fondamentale qui établit un régime présidentiel et reconnaît la séparation des trois pouvoirs.

Le multipartisme est instauré avec 47 partis politiques agréés. Le pays a été doté également d’une Cours Suprême et d’un Conseil National de la Communication en 1992, d’une Assemblée Nationale en 1995 et d’un Conseil Economique et Social en 1997. La première élection présidentielle comprenant plusieurs partis est organisée en décembre 1993. Elle a donné naissance à la Troisième République, qui ouvre à la consolidation des acquis démocratiques et la poursuite des reformes économiques et financières, en vue de créer un environnement socio-économique plus favorable au développement rapide du pays.

L’élection présidentielle au suffrage universel du 19 décembre 1993 a été remportée par le général Lansana Conté (50,9 % des suffrages), mais ces résultats ont été violemment contestés par les partis d’opposition, divisés. La lente transformation politique a été parachevée en 1995 avec les élections législatives et municipales, mais la situation politique demeure plus qu’incertaine. Les affrontements entre Malinkés, Soussous et Peuls resurgissent et une nouvelle tentative de coup d’État militaire, en février 1996, montre que la situation est loin d’être apaisée. Avec 540 dollars par tête (1998), et malgré ses richesses minières, le pays demeure extrêmement pauvre.

En juin 1995, les premières élections législatives pluralistes accordent 71 sièges au parti du président (le PUP, Parti de l’Unité et du Progrès) et 19 sièges au parti du principal opposant, Alpha Condé. Le taux de participation s’élève à 62%. L’Assemblée nationale élit à sa tête le secrétaire général du PUP.

Les 2 et 3 février 1996, une mutinerie qui se transforme en tentative de coup d’Etat, organisée par les forces armées, à l’occasion de revendications salariales, échoue. Cependant, le pouvoir est déstabilisé. De plus, les résultats économiques ne tiennent pas leurs promesses. Les menaces des institutions de Bretton Woods de se retirer poussent le Président à nommer un Premier Ministre, Sydia Touré. Le poste est créé pour lui (la Constitution ne prévoyant pas ce poste). Ancien directeur du cabinet d’Alassane Ouattara, lorsqu’il était Premier ministre de Côte d’Ivoire, Sydia Touré est présenté comme un technocrate libéral et expérimenté, qui a montré sa capacité à gouverner. Sa mission est de redresser l’économie exsangue du pays. En décembre 1998, le Général Lansana Conté est réélu pour une période de 5 ans. Le 8 mars 1999, on annonce la nomination au poste de Premier Ministre de Maître Lamine Sidimé, Président de la Cour Suprême, en remplacement de M. Sidya Touré. Le référendum du 11 septembre 2001 a prolongé le mandat présidentiel (initialement de 5 ans) à 7 ans et a aboli la limitation liée à l’âge ou au nombre de mandats présidentiels possibles. Ainsi, le Général Lansana Conté pourra se représenter lors des élections présidentielles de décembre 2003.

Le 23 février 2004 le président de la République a alors surpris son monde en prenant un décret nommant François Lounceny Fall au poste de premier ministre . Le même décret annonçait le limogeage du Premier ministre Lamine Sidimé assorti d’un léger remaniement ministériel. Dans une lettre datée du 24 avril 2004, François Lounceny Fall présente sa démission depuis Paris…

LA GUINEE AUJOURD’HUI

LES PRINCIPALES INSTITUTIONS

Les rôles de ces différentes institutions ainsi que leurs relations sont définies par la Loi Fondamentale, les lois organiques, les lois ordinaires et différents textes réglementaires.

Les institutions constitutionnelles

Les institutions constitutionnelles sont celles qui prévues par la loi fondamentale : le Président de la République, l’Assemblée Nationale, la Cour Suprême, la Haute Cour de Justice, le Conseil Economique et Social.

Le Président de la République (Pouvoir Exécutif)

Le Président de la République est élu au suffrage universel direct pour un mandat de 7 ans renouvelable.

L’Assemblée Nationale (Pouvoir législatif)

L’Assemblée nationale est constituée de 114 Députés élus au suffrage universel direct, pour un mandat de 5ans. Les deux tiers sont élus au scrutin de liste nationale, à la représentation proportionnelle et le tiers élu au scrutin majoritaire uninominal à 1 tour.

L’assemblée nationale

– Vote les lois,

– Se prononce sur les accords internationaux, les conventions,

– Contrôle l’action du Gouvernement,

– Elit en son sein les six juges titulaires devant siéger à la haute cour de justice et les 4 suppléants,

– Peut habiliter le Président de la République à prendre des mesures qui relèvent de la loi, pour un délai donné et pour des objectifs qu’elle précise.

La Cour Suprême (Pouvoir judiciaire)

Les membres de la cour suprême sont nommés par le Président de la République.

La cour suprême :

– Juge de la constitutionnalité des lois et des engagements internationaux, autrement dit leur conformité à la constitution,

– Juge de l’excès de pouvoir des Autorités,

– Se prononce sur les pouvoirs en cassation contre las arrêts et les jugements rendus en dernier ressort par les tribunaux de première instance et les Justices de paix,

– Juge en premier et dernier ressort les recours formés contre les actes du Président de la République,

– Valide les élections nationales,

– Reçoit le serment du Président de la République et constate son empêchement,

– Juge les comptes des comptables publics.

La Haute Cour de Justice

La Haute Cour de Justice est un tribunal spécial qui se compose :

– D’un président élu par l’Assemblée Générale de la cour suprême,

– De 6 juges titulaires et 4 suppléants élus parmi les Députés de l’Assemblée Nationale.

La Haute Cour de justice est compétente pour juger le Président de la République en cas de haute trahison et les membres du Gouvernement pour les crimes et délits commis dans l’exercice de leurs fonctions.

Le Conseil Economique et Social

Le conseil économique et social comprend 45 membres choisis parmi des personnalités qui par leurs compétences ou leurs activités concourent efficacement au développement économique et social de la nation.

Le conseil économique et social est un organe consultatif. Il participe à la conception des politiques économiques et sociales du gouvernement.

Le conseil économique et social donne ses avis, suggestions et recommandations sur les questions qui lui sont soumises par le Président de la République ou par l’Assemblée Nationale, favorise par ses avis la collaboration des différentes catégories socioprofessionnelles entre elles et assure leur participation à la conception de la politique économique et sociale du gouvernement. Il est compétent pour l’examen des projets de décrets à caractère économique et social qui lui sont soumis, sauf les lois des finances, et obligatoirement consulté sur les projets de lois de plans et de programme à caractère économique et social.

Ils sont nommés par le décret du Président de la République. Son bureau est de 6 membres qui, à l’exception de son président élu pour 5 ans, est renouvelable tous les 2 ans et demi.

Les autres institutions

Le Conseil National de la Communication (CNC)

Est créé par la loi organique n°91/06/CTRN du 23 décembre 1991. Il est l’organisation de défense du droit des citoyens à l’information et de contrôle des journalistes dans l’exercice de leur fonction.

Il garantit l’impartialité du service public de la Radio diffusion Télévision. Il veille au respect par les organes de la presse des obligations prévues par les lois et règlements en matière de communication. Il a un rôle de soutien et médiation en vue d’éviter un contrôle abusif des médias par le gouvernement, la manipulation par quiconque de l’opinion publique à travers les médias. Il réglemente l’accès aux médias publics en période de campagne électorale.

Le CNC comprend 9 membres nommés par décret du Président de la République ainsi qu’il suit :

Six membres pour 5 ans ainsi désignés

– 2 membres dont le président du CNC par le Président de la République ;

– 1 membre par l’Assemblée Nationale ;

– 1 membre par le conseil supérieur de la magistrature ;

– 1 membre par le collectif des postes et télécommunications.

Trois membres pour 3 ans ainsi désignés :

– 1 membre par le collectif du cinéma ;

– 1 membre par le collectif des imprimeurs ;

– 1 membre par le collectif des libraires, bibliothécaires et archivistes.

Le Conseil Supérieur de la magistrature

Le Conseil Supérieur de la magistrature est créé par la loi organique n°91/11.CTRN du 23 décembre 1991. Il comprend 9 membres dont 4 de droit et 5 nommés par décret pour 4 ans.

Les 4 membres de droit sont :

– Le Président de la République qui en est le président,

– Le Ministre de la Justice, Garde de Sceaux qui en est le Vice Président,

– Le Premier Président de la Cour Suprême,

– Le pus ancien des premiers présidents de la Cour d’Appel.

Les 5 membres nommés par décret pour 4 ans sont :

– 1 magistrat du siège de la Cour d’Appel,

– 1 magistrat du siège des tribunaux,

– 1 juge de paix.

Tous désignés sur proposition du bureau de la Cour Suprême.

Un peu d’histoire

Les origines

La préhistoire guinéenne est fort mal connue, bien qu’attestée, depuis l’âge de la pierre taillée . C’est à partir du IXè siècle que les Mandingue arrivent en Guinée, les Malinké en Haute Guinée et les Soussou en Basse Guinée. XI-XIVè siècle : Empire Mandingue avec Soundjata Kéïta (1230-1255) et Mansa Moussa (1307-1332). Capitale Niani (aujourd’hui petit village guinéen). La chute de l’empire intervient avec la chute de Niani par l’empire sahalien de Songhai en 1450.

XVI-XVIIIè siècle : Migrations Peul islamisésn en provenance du Fouta Torro (Nord Sénégal) et du Macina (Mali). Les Peul en s’isolant dans le Fouta Djallon (tout en repoussant Soussou et baga), vont développér un régime théocratique de type féodal. Les deux grands fondateurs sont Karamoko Alpha de 1725 à 1950, puis son cousin et successeur Ibrahima Sori de 1751 et 1784, qui porte le nom prestigieux d’Amamay. Un bicéphalisme d’alternance entre les descendants ; tous les deux ans, fonctionnera jusque 1896, date où les rivalités entre les deux familles faciliteront la conquête française (dissensions entre Alpha Yaga et Bocar Biro).

La période coloniale

La colonisation fut précédée, à partir du XVè siècle, de la pénétration d’européens (portugais, français, anglais). Les premiers immigrants étaient souvent plus ou moins formés d’aventuriers, de pirates ou de personnages non mandatés par leurs gouvernements.

Le Pape Martin V accorde au Portugal, en 1432, le droit de « disposer par la force du bien des infidèles, avec indulgence plénière pour ceux qui périraient », ainsi le Roi du Portugal devient le seigneur du Royaume de Guinée et de la côte de l’Afrique. C’est à partir du XVè siècle que les voyageurs portugais commencent à découvrir les côtes de l’Afrique. Un des premiers de ces avanturiers est Nuño Tristao qui, bien que ne les ayant probablement jamais atteints donna son nom au Rio Nuñez et à l’Ile Tristao (vers 1450).

Watt et Timberson,deux Anglais de Freetown, atteignent Timbo (alors capitale du Fouta Djallon), à partir du Rio Nuñez en 1974, le Français Gaspard Mollien, rescapé du naufrage de la Méduse (au large de la Mauritanie), parvient au Fouta Djallon en 1818, depuis le Sénégal. En 1827 René Caillé part de Boké, traverse à pied le Fouta Djallon et atteint Tombouctou (Mali actuel). En 1838, la goélette française « La Fine » remonte le Rio Nuñez et un traité lie France aux Nalou, en 1858 la France est seule installée à Boké, qui reste vassale du Fouta Djallon. Parallèlement en 1850 le lieutenant Hecquart atteint le Fouta qui reconnaît la souveraineté de la France à Boké en 1866, et qui est occupé militairement.

Après le congrès de Berlin (1885) et une série de congrès internationaux délimitant les frontières, la Guinée est érigée d’abord en colonie dépendant de Dakar (Rivières du Sud), pour devenir en 1891 une colonie autonome.

Enfin, c’est à la fin du XiXè siècle, alors que les batailles pour les conquêtes coloniales ont déjà commencé en Moyenne et Haute Guinée, qu’un aventurier, par certains côtés un visionnaire, Aimé Olivier, Comte de Sanderval, apparaît.

OLIVIER DE SANDERVAL

Aimé Olivier, comte de Sanderval parcourt à cinq reprises le Fouta Djallon et parvient à y acquérir de nombreux domaines (40 000 heures) que l’administration coloniale lui enlèvera, mais que ses héritiers disputeront à l’administration jusqu’à la veille de la deuxième guerre mondiale.

En 1899, il signe un traité qui le fait roi du Kahel, avec privilèges commerciaux et même celui de battre monnaie. Il laisse son nom à un quartier de Conakry (Sandervalia), où il avait une case encore visible dans l’enceinte du Musée National.

Il a écrit quelques livres (voir bibliographie), dont « La conquête du Fouta Djallon » et « Soudan français et Sahel, carnets de voyage ».

En 1881 le Dr Bayol est envoyé à Fouta, et signe avec les Almamy Ibrahima Sory III et Amhadou un traité d’amitié qui est transformé en traite de protectorat en 1888. A partir de 1882 est nommé Gouverneur de la colonie des rivières du Sud, Ballay lui succède en 1890. Le décret du 17 décembre 1891 consacre l’existence de cette colonie. A la suite de divers troubles la France occupe en 1896 Timbo, la capitale du Fouta, et un traité définitif est signé en 1897. Les frontières des Rivières du Sud sont fixées en 1899.

Des trois impérialismes européens en compétition dans cette partie de l’Ouest africain (Portugal, Angleterre, France), c’est la France qui, en une cinquantaine d’années, supplantera ses rivaux (les Portugais seront circonscrits en Guinée Bissau et au Cap vert, les Anglais en Gambie, Sierra Leone et Libera). Cependant le paysage garde la marque de cette compétition (forteresses portugaises) et ce n’est qu’en 1904 que les Anglais quitteront les îles de Los.

La conquête de la Guinée se fera non sans une certaine résistance, mais elle sera facilitée par des dissensions internes (Fouta Djallon). C’est surtout en Haute Guinée que Samory ( ) Touré engagera une lutte acharnée qui durera sept ans. Il sera fait prisonnier en 1898 et, déporté au Gabon, où il moura en 1900. En Guinée Forestière, il faudra attendre 1912 et plusieurs graves revers pour arriver à la « pacification ». Ce n’est qu’en 1904 que les Coniagui font leur soumission. En Guinée Maritime les Nalou et Landouma ne sont définitivement soumis que vers 1892.

Pendant une soixantaine d’années, la Guinée va connaître le système colonial. C’est le décret du 12 décembre 1905 qui interdit la traite des esclaves et met fin à un système économique important dans le région . Cependant l’esclavage continue d’exister, principalement au Fouta et en Haute Guinée . Ce n’est qu’à partir de la seconde guerre mondiale et surtout à partir des années 1955-56 que l’institution de l’esclavage disparaît.

Les grandes sociétés françaises d’import-export monopolisent le commerce de traite, relayées par les Libano-syriens.

Une économie marchande se met en place, bouleversant les anciens modes de production. L’économie se monétarise par l’implantation des cultures d’exportation (banane, café,…) et l’instauration de l’impôt et du travail forcé. Ces divers facteurs modifient profondément le système économique traditionnel.

LA LIANE A CAOUTCHOUC

La culture du latex, a commencé dans la région du Rio Nuñez dans les années 1870. Cette cueillette exigeait un travail énorme, ramassage sur d’immenses étendues, obligeant les populations à aller chercher le caoutchouc de plus en plus loin. Avec l’instauration de l’impôt cette activité allait prendre une dimension démesurée, provoquant l’abandon des autres cultures. Les peuplements de liane de Guinée Maritime furent vite épuisés et la collecte se déplaça vers le Fouta et la Haute Guinée. En 1909, 1 810 tonnes de caoutchouc ont été exportées qui représentent 65% du total des exportations de la Guinée. A partir de 1910, concurrencé par le caoutchouc provenant de l’hévéa extrême oriental, le prix s’effondre laissant les paysans sans revenus monétaires.

Il faudra le choc de la seconde guerre mondiale pour que la métropole prenne conscience de ses responsabilités pour le développement de ses colonies et les guinéens de leur émancipation. En octobre 1945, Yacine Diallo est le premier guinéen élu à l’assemblée Nationale constituante. C’est le monde syndical qui va se structurer et jouer un rôle majeur dans l’évolution politique du pays en servant de base au Parti Démocratique de Guinée (PDG). De 1947 à 1953 une série de grèves très dures va aboutir à une amélioration des conditions de vie. Un jeune syndicaliste émerge, Sékou Touré, et devient rapidement une des plus importantes personnalités du PDG.

Le PDG s’intègre au Rassemblement Démocratique Africain (RDA, regroupement composite, créé en 1947 après le congrès de Bamako), dont il devient la section guinéenne. Le PDG-RDA sera combattu très durement par le pouvoir colonial.

En 1956, est mise en place la loi cadre (loi Deferre) qui implique la création, dans chaque territoire, d’un conseil de gouvernement. Les luttes entre partis politiques rivaux en Guinée (PDG-RDA et BAG (Bloc Africain de Guinée) s’intensifient : bagarres, incendies, pogrom font des dizaines de morts et des centaines de blessés en Octobre 1956 et Mai 1957, l’âpreté politique se greffant sur des antagonismes ethniques. Les élections à l’Assemblée Territoriale de Mars 1957 consacrent le triomphe du PDG-RDA qui remporte la quasi-totalité des sièges. La présidence du premier gouvernement guinéen échoit de droit au Gouverneur, J. Ramadier, Sékou Touré vainqueur des élections, en est le Vice-Président. Des émeutes fomentées par le PDG-RAD, en 1958, neutralisent une fois pour toutes les autres partis politiques.

L’indépendance et Sékou Touré

En Mai 1958 le Général De Gaulle revient au pouvoir en France et entreprend une tournée africaine pour proposer aux colonies le statut de la Communauté dans la nouvelle constitution. A Conakry dans un fameux discours, Sékou Touré refuse cette offre et propose de dire « non » à la communauté si l’option de l’indépendance à l’intérieur de celle-ci n’est pas ouverte. « Nous préférons la pauvreté dans la liberté à la richesse dans l’esclavage » déclare-t-il notamment. Le 25 Août, à une très large majorité les Guinéens répondent non, et l’indépendance est proclamée le 2 octobre 1958 , Sékou Touré devient chef du gouvernement, une constitution est adoptée le 10 Novembre 1958. Un drapeau et un hymne national sont adoptés. Le drapeau est tricolore et formé de trois bandes, rouge, jaune et verte disposés verticalement. L’hymne national s’inspire d’un climat traditionnel à la gloire de Alpha Yaya.

L’HYMNE NATIONAL

Peuples d’Afrique,

Le passé historique

Que chante l’hymne

De la Guinée fière et jeune

Illustre l’épopée de nos frères

Morts au champ d’honneur

En libérant l’Afrique.

Le peuple de Guinée,

Prêchant l’unité

Appelle l’Afrique.

L’agression de 1970 , par laquelle un commando portugais, accompagné de quelques opposants armés, est venu délivrer des compatriotes emprisonnés en Guinée, marque un tournant du régime. Celui-ci devient plus autoritaire et répressif. Il marque le début des « procès de Conakry », qui feront de nombreuses victimes, au sein même des proches du Président. Le symbole de cette répression reste le Camp Boiro où furent enfermés, torturés, assassinés, plusieurs milliers de personnes. Parmi celles-ci beaucoup d’anciens ministres ou de proches de Sékou Touré. La répression a également touché les provinces et la prison de Kindia, si elle n’a pas donné lieu à une littérature aussi abondante que celle sur le camp Boiro (voir bibliographie et notamment J-P Alata « Prisons d’Afrique ») est restée tristement célèbre.

SEKOU TOURE

Malinké d’origine, il serait un descendant de Samory Touré, figure emblématique de la lutte contre la colonisation française.

Né officiellement le 9 Janvier 1922 à Sidakoro (Faranah).

Certificat d’études primaire.

Deux ans d’études à l’école Professionnelle Georges Poiret (Conakry).

Responsable de l’union Syndical des Travailleurs de Guinée (USTG).

Employé de la Compagne du Niger, aux PTT et au Trésor.

Secrétaire de l’union Territoriale CGT.

Licencié par l’administration en 1951, il se consacre alors entièrement au militantisme politique et syndical.

Membre fondateur du PDG dont, en 1953 il prend la tête.

Il cumule alors les mandats électifs : conseiller territorial de Beyla (1953-1957), maire de Conakry en 1955, député à l’Assemblée Nationale Française (1956-1958).

Membre fondateur de l’union Générale des Travailleurs de Guinée en (1957) puis Président (1959), de ce mouvement syndical affilié à la CGT.

Vice-président du Gouvernement Guinéen en 1957 (après que son parti ait largement gagné les élections à l’Assemblée Territoriale), le Président étant, de droit gouverneur. Discours du 25 Août 1958, où à Conakry, devant le Général De Gaule, il réclame l’indépendance de la Guinée et invite ses compatriotes à répondre « non » au référendum.

Elu président de la République indépendante de Guinée en 1958. Mort de maladie le 26 mars 1984 aux Etats-Unis.

Le bilan de la période Sékou tourienne reste à faire, régulièrement des ouvrages paraissent faisant l’apologie du régime, tout en reconnaissant quelques erreurs. Chaque parution donne lieu à polémiques. A ce sujet voir les deux récents ouvrages de Mohammed Kouyaté. Nous sommes tous responsables, Conakry (1996) et Sidikhini Kobélé (Ahmed Sékou Touré, l’homme du 28 septembre 1958, Conakry 1959).

LA GUINEE DEPUIS 1984

A la mort de Sékou Touré, les militaires, sans heurts, prennent le pouvoir passé vacant. Ils portent à leur tête le plus ancien dans le grade le plus élevé, le colonnel Lansana Conté.

La Guinée est alors un pays exsangue, les infrastructures sont dégradées, plus de 2 millions de guinéens se sont enfuis à l’étranger, une bureaucratie pléthorique, corrompue omniprésente et incompétente rançonne le pays. Les ruraux se sont réfugiés dans une pauvre agriculture de subsistance.

1985 : tentative avortée de déstabilisation par certains militaires. Définition d’une politique libérale, toujours appliquée depuis.

1990 : Promulgation d’une loi fondamentale (constitution), qui fixe les étapes du processus démocratique multipartisme, élections…)

19 décembre 1993 : Elections présidentielles, remportées à 52% des voix, par le Général Lansana Conté (mais le déroulement du scrutin est fortement contesté).
Mai et Juin 1995 : Elections législatives et municipales. L’opposition gagne 38% des sièges, soit 43 députés sur 114.

1996 : Création du Conseil Economique et social (chambre des notables, délaissées par le régime précédent).

Février 1996 : Mutinerie de l’armée, sans conséquences politiques immédiates, mais le pouvoir en sort affaibli.

Juillet 1996 : Nouveau gouvernement Guinéen, principalement chargé de remettre de l’ordre dans les finances publiques, de reformer l’administration (compétence, efficacité, honnêteté). Un poste de Premier Ministre, coordonnateur de l’action gouvernementale, est créé, bien que non prévu dans la constitution. Ce gouvernement s’est fixé pour tâche de renouer avec les institutions internationales, ce qu’il a réussi puisque un accord triennal avec le FMI (FASR) ( ), est conclue fin 1996 pour la période 1997-1999.

Décembre 1998 : Elections présidentielles. Le Président Lansana Conté est réélu dès le premier tour.

Source Luc MOGENET

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