Football – Patrice Evra : le clown redevenu paria

Patrice Evra ne portera plus les couleurs de l’Olympique de Marseille. Le footballeur et le club phocéen ont résilié à l’amiable ce vendredi le contrat de travail qui les unissait. “Le contrat du joueur est résilié avec effet immédiat. Rien, dans le fond et surtout dans la forme, ne justifiait un tel dérapage, surtout de la part d’un joueur cadre aussi expérimenté      (qui) doit inspirer les plus jeunes”, a écrit l’OM dans un communiqué. Le 2 novembre dernier, l’intéressé avait asséné un coup de pied à un supporteur marseillais qui était venu l’insulter durant l’échauffement du match de Ligue Europa opposant Marseille à Vitoria Guimaraes. Depuis, la situation n’était plus tenable. Il était déjà mis à pied suite à cet incident et suspendu plusieurs mois de toute compétiton européenne, et le public de l’Orange Vélodrome ne voulait plus le voir évoluer sous la liquette phocéenne.

Patrice Evra et l’OM, c’est la fin d’un mauvais film qui provoquait un certain malaise chez les spectateurs. Quand l’arrière gauche débarque sur la Canebière au mercato d’hiver 2016-2017, le fiasco menace légèrement au regard du passif du joueur, l’un des leaders de la mutinerie des Bleus en Afrique du Sud au Mondial 2010. Mais certains points positifs pouvaient laisser espérer un mariage heureux entre Marseille et ce joueur aux 81 sélections en équipe de France. L’homme est fort en gueule, dégage un certain charisme et, surtout, menait à merveille sa rédemption vis-à-vis de Knyshna. À l’Euro 2016, il était devenu “Tonton Pat”, véhiculant son assurance et sa bonne humeur à l’ensemble du groupe, malgré des performances sportives déjà très moyennes durant ce tournoi.

Coach adjoint ou joueur ?

Dans un OM en reconstruction, on pouvait penser que son recrutement s’avérait pertinent même s’il ne soulevait pas l’enthousiasme de la foule. Au sein d’un vestiaire marseillais en quête de confiance après une saison 2015-2016 calamiteuse, Patrice Evra avait été enrôlé pour son expérience, son palmarès (cinq finales de Ligue des champions, soit plus du double de Marseille), sa gouaille et sa réelle propension à, parfois, bien remobiliser les troupes. Une sorte de coach adjoint du nouvel entraîneur en chef Rudi Garcia qui servirait de relais entre les joueurs plus jeunes et le staff. Problème, l’ex-arrière gauche de Manchester United n’a pas su se mettre au niveau de ses coéquipiers sur le terrain. Difficile ensuite de haranguer ces derniers, de les recadrer, si le joueur n’était même pas capable de faire office d’exemple.

Rapidement, dès le match contre le PSG en février, on s’est aperçu que Patrice Evra s’avérait être un boulet pour la défense de l’OM plutôt qu’un taulier. Le joueur avait vécu une sale soirée sur son côté gauche face à Lucas et avait été remplacé à la mi-temps. La suite n’a été qu’une décrépitude progressive de Tonton Pat. D’une part, sur le plan sportif, il confirme sa régression en n’étant pas capable de livrer un seul bon match en neuf mois. D’autre part, au niveau extrasportif, ses vidéos et ses déclarations apparaissaient de plus en plus gênantes. Au départ, ses sorties médiatiques, à la réelle bonne humeur communicative, faisaient sourire et le rendaient sympathique, comme celle où on l’écoute chanter dans sa voiture de vieux tubes de musique soul. Mais ces petites productions audiovisuelles ont vite dérapé dans un narcissisme surréaliste. Tel un ex-militaire frustré d’être en retraite, il évoque sans cesse ses médailles, son passé glorieux, ses titres obtenues avec Manchester United et son vécu susceptibles de l’aider à faire enfin de bons matches avec Marseille.

“I love this game”

Il se met aussi en scène en train de faire la charité à un sans-abri dans les rues de la cité phocéenne, s’affiche nu dans une vidéo tournée pour Halloween (la veille de l’incident avec le supporteur), se prend pour Rocky Balboa en se filmant en train de faire des pompes et répète en boucle la formule “I love this game” avec un ton censé nous persuader qu’il dégage la même aura qu’une superstar de NBA. Il n’a pas non plus hésité à vanter, à chaud, l’épaisseur de son entre-jambe face à Nice la saison dernière (victoire 2-1). “Elles étaient lourdes, c’est rien”, la grande classe…

Mais ces clowneries ont un prix. À force de privilégier le ludique au sportif, le footballeur s’est de nouveau perdu. On a retrouvé le Patrice Evra du Mondial 2010, dépassé par les événements et déconnecté de l’image qu’il renvoie au public. On ne se moque plus seulement de lui : on se remet à le détester. Son agression sur un supporteur marseillais ne constitue que le triste clap de fin de sa communication foireuse. En ne retenant pas les leçons du passé, en ne se remettant jamais en cause, il est en train de rater sa fin de carrière.

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