Football : Essam El-Hadary, le vieux pharaon qui ne veut pas raccrocher les gants

Le gardien de but et capitaine de l’équipe égyptienne devrait devenir, à 45 ans, le joueur le plus âgé à participer à une Coupe du monde.

En 1982, l’Italien Dino Zoff avait remporté la Coupe du monde à 40 ans. Lui aussi gardien de but et capitaine de son équipe, l’Egyptien Essam El-Hadary, qui a fêté ses 45 ans le 15 janvier, ne sera probablement pas le plus vieux joueur à brandir ce trophée ; mais s’il entre sur le terrain vendredi 15 juin face à l’Uruguay, il deviendra le footballeur le plus âgé à participer à un Mondial, faisant tomber le record d’un autre gardien, le Colombien Farid Mondragon, présent en 2014 au Brésil à 43 ans. « A ce niveau, c’est extraordinaire. Même si le poste de gardien favorise cette longévité, cela prouve à quel point El-Hadary est professionnel et sait parfaitement se gérer », indique Gérard Gili, lui-même ancien gardien de but et ex-sélectionneur des Pharaons (1999-2000).

La dernière fois que l’Egypte a participé à une phase finale de Coupe du monde, en 1990 en Italie, Essam El-Hadary avait 17 ans et effectuait sa formation au Damiette SC, le club de sa ville natale, où il a depuis ouvert une académie pour les jeunes footballeurs de la région. Cinq ans plus tard, il signait à Al-Ahly, le mastodonte du Caire, pour un bail de treize saisons récompensé par un palmarès vertigineux (20 titres, dont trois en Ligue des champions africaine et sept en championnat). Il devient international en 1996 contre l’Ouganda et champion d’Afrique en 1998 au Burkina Faso.

Une immense popularité

En Egypte, El-Hadary jouit d’une immense popularité, qui le place au même niveau que les frères Hossam et Ahmed Hassan ou Mohamed Salah. « Ici, c’est une icône, un symbole, un exemple », dit Ahmed Hassan. Le capitaine des Pharaons est aussi réputé pour son caractère. « On ne gère pas El-Hadary comme n’importe quel joueur », prévient Patrice Carteron, qui l’a entraîné au Wadi Degla SC en 2015-2016 et qui vient de signer à Al-Ahly :

« Il a une très forte personnalité. Quand je suis arrivé, le club était mal classé et El-Hadary ne faisait plus vraiment partie des plans en sélection. Je sentais qu’il ne supportait pas cette situation. Il a été un des moteurs du redressement de l’équipe, il a retrouvé sa place chez les Pharaons et a disputé la Coupe d’Afrique des nations 2017 au Gabon, en atteignant la finale. J’ai été impressionné par sa rigueur. Il fait attention à tout : c’est tout juste s’il ne pèse pas ses aliments. »

Méticuleux jusqu’à l’extrême, El-Hadary ne laisse rien au hasard. « Il habitait dans le vieux Caire, mais il avait pris un autre appartement juste à côté du centre d’entraînement de Wadi Degla, pour s’y reposer quand il y avait deux séances par jour, afin d’éviter de perdre du temps dans les embouteillages », poursuit Patrice Carteron. Très pieux, El-Hadary mène une vie discrète.

« Un vrai compétiteur »

Très bien payé à Al-Ahly, le Pharaon a attendu d’avoir 35 ans pour tenterl’aventure en Europe. L’expérience en Suisse, au FC Sion (2008-2009), n’a duré qu’une saison, mais Christian Constantin, son président, en garde un excellent souvenir :

« On avait remporté la Coupe de Suisse malgré une saison moyenne en championnat. Faire venir El-Hadary à Sion, c’était un sacré pari. Cela m’avait coûté 600 000 euros. Passer du Caire à une ville de 32 000 habitants, dans les montagnes suisses, ç’a été un sacré changement pour lui. Mais il s’était bien adapté. Il parlait anglais et avait appris quelques mots de français. C’est un type attachant, mais surtout un vrai compétiteur. Avec lui, tu peux aller à la guerre ! »

Son départ d’Al-Ahly, en février 2008, alors qu’il était sous contrat avec le club cairote, avait provoqué un tollé en Egypte et coûté cher au FC Sion, puni par la FIFA d’une interdiction de recruter pendant deux ans. A son retour d’Europe, El-Hadary joue à Ismaily puis à Zamalek (2010-2011), le grand rival d’Al-Ahly, avant de s’exiler au Soudan (2011-2013), de revenir en Egypte et, enfin, de signer un lucratif contrat à Al-Taawoun, en Arabie saoudite, en juin 2017.

« Aujourd’hui, malgré sa popularité, beaucoup d’Egyptiens estiment qu’il sera peut-être temps d’arrêter en sélection après la Coupe du monde et de laisser sa place aux jeunes », confie Ahmed Hassan. El-Hadary, quatre fois champion d’Afrique avec l’Egypte, s’est pour sa part fixé un objectif : lui seul décidera quand ce sera le moment de raccrocher.

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