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Fondation des Amis et des Guinéens de L’Étranger pour L’Éducation

Fondation des Amis et des Guinéens de L’Étranger pour L’Éducation

Présentation

Il existe bien des fondations nationales qu’internationales qui passent inaperçues tant en Guinée qu’ailleurs, cela pour des raisons inavouées. Mais, la Fondation des Amis et des Guinéens de l’Étranger pour l’Éducation (FAGEE) dont le siège est dans le Département des Yvelines en France est déjà présente dans plusieurs pays de l’Occident. Créée en avril 2016 en France, elle est représentée en Allemagne, en Belgique  et au Canada. Par le dynamisme des membres fondateurs, l’établissement qui a pour objectif principal d’apporter un plus au secteur éducatif guinéen en facilitant l’accès a l’éducation de tous les enfants en âge d’aller à l’école, en particulier les enfants qui n’ont aucune chance d’être scolarisés en raison de leur appartenance sociale, en améliorant aussi les conditions de travail des élèves et des enseignants et de promouvoir le numérique à l’école, compte mener ses premières actions en Guinée notamment dans la capitale et en province.

Bureau du conseil d’administration


Président 
: Julien Bongono, Professeur de Sciences Industrielles pour l’Ingénieur, Académie de Bordeaux (France).

Responsable financier : Mamady Diabaté, Docteur en pharmacie, Docteur ès Science en Biologie moléculaire à l’INSERM, Manager d’essais cliniques à Covance, Paris (France).

Représentants et membres du conseils d’administration

Lamine Diallo, Ingénieur civil – Division des grands projets d’infrastructures – ville de Montréal, PDG de LADEC (Lamine Diallo Expert Conseil), Montréal (Canada)

Jacques Koulemou, Ingénieur Electrotechnicien à Polytechnique de Conakry, Elève-Chercheur à l’Université Technique de Berlin (Allemagne).

Mamadou Saidou Diallo, PDG à MSD Logistic, Bruxelles (Belgique).

Amadou Sylla, Ingénieur en Informatique et Nouvelle Technologie, Fondateur et Président à Acceler Advisory, Paris (France)

François Tolno, Manager Hôtel Pullmann Paris Montparnasse, groupe Accor, Paris (France).

Louis Millimouno, Epidémiologiste, Chargé de projet de santé publique au CRIPS, Paris (France).

Interview du président

Après cette succincte présentation de la fondation et de ses administrateurs permanents, passons maintenant à l’interview du président.

1…Monsieur le président, vous êtes docteur en Sciences et Génie des matériaux de l’École des Mines de Saint-Étienne, professeur de Sciences et de Technologie à Bordeaux. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur votre personne ?

Julien Bongono (JB) : Il est toujours difficile de parler de soi…je suis né en Guinée au sud du pays dans la région forestière où j’ai commencé mes études. Après l’admission au baccalauréat,  j’ai été orienté à la faculté des Sciences de l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry avant de m’envoler pour la France.  D’abord à Strasbourg puis j’ai soutenu une thèse en Sciences et Génie des matériaux à l’École des Mines de Saint-Étienne.  Actuellement, vous l’avez dit vous-même,  je suis professeur des Sciences et de Technologie à l’académie de Bordeaux.

2….Comment est né l’idée de fondation pour l’éducation ?

JB : Le mal en Guinée, et cela nous mettra tous d’accord, est l’extrême ignorance de la majorité de notre population. Nos problèmes y prennent racine. Quoique nous fassions à l’heure actuelle, notre développement s’en trouve fortement gêner. Pour agir et transformer durablement et de manière irréversible notre société, l’éducation est le secteur à privilégier devant tous les autres secteurs, aussi indispensables fussent-ils.

3….Cette fondation parle de vous, non ?  de vos ambitions de faire la politique ou c’est la concrétisation de votre rêve d’enfance ?

JB : FAGEE est une fondation d’inspiration estudiantine exclusivement  réservée à l’éducation. Cette fondation marque notre volonté d’accompagner les efforts du gouvernement guinéen dans ce secteur sensible.  Nous sommes résolus à faire non pas de la politique mais du droit à l’éducation une réalité pour tous en Guinée car, l’ignorance touche près de 60 % de personnes sur le territoire.  Voila notre rêve, et il faut se donner les moyens pour le réaliser.

4….Comment imaginez-vous votre fondation dans cinq ou dix ans ?

JB : Inutile de le taire,  cette fondation va grandir dans quelques années. En attendant, la préfecture de Gueckédou et la ville de Conakry en République de Guinée servent de sites pilotes. Le déploiement de l’expérience des sites pilotes vers d’autres préfectures est envisagé dans une seconde phase du développement de la fondation. Nous mobilisons en ce moment les énergies et les ressources indispensables pour vite entreprendre nos actions sur le terrain.

5….Quels sont les axes prioritaires du secteur éducatif guinéen qui vont compter dans votre plan d’action ?    

JB : Le statut de la fondation est assez clair là-dessus. Il stipule en ces termes  en son article 2 :

-La construction et l’équipement de salles de classe, de salles d’informatique et de salles de technologie pour les élèves ;

-La mise en place de réseaux informatiques dans les établissements scolaires ;

-La construction et l’équipement de blocs administratifs pour les enseignants ;

-L’octroi des bourses d’études et prix d’excellence aux élèves méritants ;

-L’éducation obligatoire pour tous.

6….Quels sont les systèmes éducatifs qui vous paraissent être des modèles les plus novateurs sachant que le programme LMD adopté en Guinée depuis 2007 n’a pas encore réalisé les résultats escomptés ?

JB : On aurait tort de croire que tout va bien dans ce secteur primordial. Il faut reconnaître que le système éducatif guinéen est en souffrance. Il y a un manque d’information lié à l’insuffisance de bibliothèques et celles existantes sont sous-alimentées. Ensuite, on doit pointer du doigt l’absence d’équipements dans les bureaux de certaines directions d’école et de salles de réunion pour les enseignants. Pire, à l’heure du numérique où les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC) font une percée fulgurante sur le continent africain, beaucoup d’élèves et d’étudiants méconnaissent jusque-là l’outil informatique. La mauvaise et faible qualification des enseignants entraîne également une baisse globale du niveau des apprenants. On constate paradoxalement que les hommes de droit enseignent géographie ou des ingénieurs de géo-mines sont chargés de dispenser des cours de français. Au supérieur, le constat reste le même. Le programme LMD n’est pas adapté en ce sens que l’État n’a pas encore crée les conditions de sa réussite. Il n’a envisagé aucune mesure d’accompagnement de ce système alors que c’est un modèle qui se porte à merveille dans d’autres régions du monde comme en Europe ou aux États-Unis. Le système LMD assure une autonomisation et une responsabilisation de l’apprenant. Malheureusement, on n’a pas encore su tirer cet avantage et ce système reste pour l’instant un handicap majeur dans le secteur éducatif en Guinée.

7…Vous êtes une des rares fondations à parler d’éducation en Guinée.  Pensez-vous qu’il existe une réelle volonté chez les décideurs ou une possibilité de réforme dans ce secteur ?

JB : Pourquoi pas ? Il faut y croire et nous y croyons fermement. Il n’y a pas d’action solide sans formation préalable. Ensuite, l’éducation est un droit élémentaire tout comme la santé et l’alimentation. On a souvent coutume de dire que la jeunesse est l’avenir d’un pays, ce qui est vrai. Mais, faudrait-il se rendre à l’évidence. Car si une jeunesse est mal formée, elle devient de facto un danger pour l’équilibre socio-économique du pays.  Il y a surtout le risque d’une récupération de cette jeunesse par des politiciens soucieux d’assouvir leur boulimie du pouvoir qu’on ne doit pas occulter. Parfois, quand il y a appel à manifestation,  c’est les jeunes qu’on manipule et qu’on fait sortir dans la rue pour s’attaquer aux biens des innocents ou caillasser des véhicules. Tout cela est anormal. Le rôle de l’État est de tout mettre en œuvre pour garantir cet avenir en menant des réformes courageuses. C’est pourquoi nous demandons sa collaboration. Nous avons tous une responsabilité envers cette jeunesse. Alors, il urge d’assurer à celle-ci une formation de qualité, un bon encadrement et une orientation claire allant dans le sens de la responsabilisation. Du coup, la question que nous devons nous poser est la suivante : sommes-nous réellement prêts à l’assumer ?

8…Comment faire pour promouvoir la formation et l’emploi jeune dans un contexte qui, a priori n’est pas favorable à l’emploi ?

JB : La réponse est simple. Il est impérieux, à mon avis, de revoir toute la politique en la matière ; autrement dit qu’il faut favoriser l’accès de nos élèves et étudiants à des formations professionnelles en créant en même temps des filières spécialisées selon le besoin du marché de l’emploi.  Ce n’est un secret pour personne, la formation des cadres supérieurs uniquement n’a jamais développé un pays. Au contraire, cela peut susciter d’autres problèmes inattendus.  Les universités chinoises (Shanghai) offrent de nos jours, l’illustration la plus fameuse.

9…Généralement, dans les pays du Sud, pour diverses raisons, les jeunes filles sont un peu les laissées pour compte. Sous quel angle peut-on envisager aujourd’hui une scolarisation de la jeune fille guinéenne à très grande échelle ?

JB : Vous posez-là une question pertinente qui mérite une attention particulière. Il faut reconnaître que la situation des jeunes filles dans les pays du Sud laisse à désirer, même de nos jours. En dépit du fait que leur nombre soit relativement en constante croissance, cette couche importante de notre société est encore moins scolarisée pour des raisons de manque de moyens financiers, d’aléas de la programmation des parents, des corvées domestiques  et d’une tradition rétrograde et aliénante à laquelle elle est soumise et qui encourage dans certaines contrées le mariage précoce ou forcé.  Il faut envisager une sensibilisation des parents sur la nécessité d’envoyer leurs filles à l’école pour la simple et bonne raison qu’une fille éduquée est synonyme d’une nation éduquée. Il faut également  construire des écoles pour les jeunes filles en y créant de l’émulation et en recherchant activement aussi des partenaires pouvant subvenir à leurs besoins relatifs aux fournitures scolaires. Pour nous, c’est un défi à  relever.

10….Avez-vous de réels contacts avec vos compatriotes guinéens ?

JB : Bien entendu. Nous n’évoluons pas en vase clos. Nous avons des contacts fructueux avec nos compatriotes guinéens car, nous échangeons régulièrement des informations entre nous dans le cadre de cette fondation. Certains de mes collègues effectuent parfois des visites en Guinée ou y vont enseigner des modules dans les universités. Bref, il y a une communication quasi permanente avec nos communautés à la base.

11…Vous avez des représentations à travers le monde, il est vrai. Mais, pourquoi pas en Guinée votre champ d’action ?

JB : C’est normal. Car nous n’avons pas encore commencé les activités. Au moment venu, nous créerons des comités en fonction de nos besoins.  Donc en Guinée, au lieu des représentations, ce sera plutôt des comités. L’article 7 des statuts de la fondation mentionne explicitement cela. Et, la désignation des membres,  les attributions  de ces comités sont précisées à l’article 4 du règlement intérieur. Je crois que vous devez vous y référer.

12…Pouvez-vous évoquer vos projets ? A quoi ressemble votre planning pour les années et mois à venir ?

JB : Toute organisation s’épanouit dans l’action. La construction du bloc administratif du lycée Josip Broz Tito de Gueckédou en 2017 sera la première réalisation concrète de la fondation. Nous avons également au programme de participer dorénavant à la célébration de la journée internationale de l’éducation qui a lieu le 07 août de chaque année suivie de la journée internationale de la jeunesse célébrée le 12 du même mois. Lors de ces journées et de toute l’année, il s’agira d’organiser des manifestations culturelles et sportives, des conférences, des café-débats autour des questions d’éducation concernant  la préfecture de Guekédou et au-delà. Évidemment, nous nous intéresserons aussi à l’actualité. De multiples personnes nous alertent sur la mission qui doit être la nôtre : celle de combattre l’extrême ignorance, d’assurer l’éducation primaire pour tous, d’améliorer les conditions de travail des enseignants, de  promouvoir le numérique et les NTIC.

13….Vous avez des idées, des projets, des ambitions,…quels moyens disposez-vous pour les réaliser ? Précisément, quelle a été la dotation initiale ?

JB : La dotation initiale sera d’un million d’euros d’ici à 10 ans. La 1ère tranche de 2016 est d’une valeur de 12450 Euros. Elle comprend les contributions financières et matérielles des fondateurs et peut être accrue du produit des libéralités dont le donateur ne prescrit pas l’affectation et dont la capitalisation aura été décidée par le conseil d’administration. Elle est également accrue d’une fraction de l’excédent des ressources annuelles nécessaires au maintien de sa valeur.

14….Quelques-unes des informations recueillies dans le passé sur votre propre personne nous apprennent que vous avez été président de l’Amicale des Élèves et Étudiants de Gueckédou (AEEG). Parlez-nous des prémices de cette expérience ?

JB : Effectivement, je ne suis pas à ma première expérience. Il faut dire qu’à l’époque nous avions à Guekédou une association de jeunes dénommée AEEG dont je fus le président. Mais à un certain moment,  nous étions déjà étudiants à l’Université de Conakry, nous avions constaté la naissance d’une autre organisation de jeunes qu’on appelait : Association des Jeunes Ressortissants et  Amis de Gueckédou (AJRAG) qui évoluait parallèlement au nôtre … Ces deux mouvements deviendront une nouvelle organisation appelée coordination des jeunes de la ville de Gueckédou.

15….Quelles ont été vos plus grandes difficultés en terme de planification, d’organisation et de coordination générale de vos activités d’alors ?

JB : Disons d’abord que toute gestion humaine est difficile. Ce faisant, nous avons surmonté pas mal de difficultés dans la mesure où nous ne bénéficions pas de tout le soutien matériel et financier dont on avait besoin auprès de nos sponsors. Il était aussi moins aisé de recouvrir les montants de nos cotisations mensuelles du fait de la mauvaise foi de certains de nos camarades. Au niveau des autorités locales, on pouvait relever des réticences.  Pourtant celles-ci ne nous empêchaient nullement de suivre le chronogramme de nos différentes activités. En un mot, c’était difficile mais ce fut pour moi une expérience enrichissante car, j’ai appris beaucoup de choses. Tout cela est à mettre aujourd’hui au compte du passé.

            Rappelons en substance que la Fondation des Amis et des Guinéens de l’Étranger pour Éducation (FAGEE) a initié depuis avril 2016 un programme d’appui en faveur des consommateurs du système éducatif guinéen .Tous les détails liés à la mise en œuvre dudit programme ont été exposés par le président Julien Bongono dans cet entretien. L’objectif de cette Fondation est de doter les écoles d’outils nécessaires pour une assimilation concrète et rationnelle des connaissances par les apprenants afin de les mettre en mesure d’améliorer eux-mêmes et durablement leur niveau d’éducation et de formation académique en utilisant au mieux les ressources du numérique dont il disposeront .Une stratégie idoine visant à insuffler une nouvelle dynamique au secteur éducatif en République de Guinée.

Joseph Tolno, Journaliste indépendant

 

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