Élections des Maires :« On doit agir au delà des intérêts politiques » (Youssouf Camara)

Alors que les tractations se poursuivent après la signature de l’accord politique pour l’installation des exécutifs communaux, les jeux d’alliance risquent de faire basculer les choses, notamment dans les cinq communes de Conakry, où l’enjeu de taille.

Pour en savoir plus sur les enjeux liés à l’élection des maires dans la capitale Conakry, notre rédaction est allée à la rencontre d’un conseiller élu dans la circonscription de Matam, où l’alliance RPG-UFR, risque de faire plier l’UFDG de Cellou Dalein Diallo.

Youssouf Camara, membre du bureau exécutif de l’UFDG, conseiller sur la liste de l’UFDG de Matam des dernières élections communales du 04 février, reste tout de même confiant. Il l’a dit ce jeudi au micro de Kababachir.com.

Kababachir.com: Le RPG et l’UFR viennent de signer une alliance électorale qui risque de vous bousculer dans cette commune

Youssouf Camara: Numériquement, oui, mais matériellement, il y a d’autres réalités en compte, parce que l’alliance ne prend pas en compte non seulement l’avis des conseillers à la base, mais aussi les réalités du terrain. Je crois que l’heure est très cruciale pour l’ensemble des conseillers parce qu’il ne s’agit pas de suivre aveuglement les alliances qui ne tiennent pas compte de l’intérêt de la commune puisque les conseillers savent quels sont les hommes de valeur et les femmes de valeur qui sont élus par les citoyens de Matam. Donc, il leur appartient de tenir compte de cette réalité, de faire preuve de maturité, en ne suivant pas les accords politiques signés entre les quatre murs.

Ce qui est important aujourd’hui, on doit agir au delà même des intérêts politiques, de confier Matam à l’opposition, parce que le pouvoir en place a montré ses limites. Depuis 8 ans, les guinéens vivent dans la misère, dans la précarité, dans la pauvreté, les patrimoines nationaux sont bradés, il y a l’injustice qui prône et la mal gouvernance.

Donc il est important aujourd’hui, pour l’ensemble des conseillers élus, au  nom de l’alternance, de faire en sorte que les commues soient gérées aujourd’hui par l’opposition pour une question de contrepoids, parce que quand il y a le contre pouvoir, il peut arriver qu’un Maire de l’opposition refuse les injonctions du Gouverneur, par rapport, par exemple à protéger ces marchés dans les grandes centres commerciaux, pour une question de bail, ainsi de suite. Ceci est extrêmement important. Mais si le Gouverneur a la même couleur que le Maire, je crois que ça sera au détriment de la Guinée.

C’est quand même un poids lourd qui s’est rallié au RPG

L’UFR n’est pas un poids lourd,  c’est un parti en disgrâce ! Quand on venait en 2010, l’UFR était première à Matam. De 2010 à 2018, en moins de 10 ans, le parti a reculé en troisième position. Aujourd’hui il (UFR ndrl) est menacé par d’autres partis, même les candidats indépendants le menacent.

Quel est le rôle des indépendantistes dans ces jeux d’alliance ?

Nous sommes en contacts permanent avec ces candidats indépendants, nous sommes en train de voir dans quelle possibilité nous allons nous entendre, parce que les Maires que nous avons, il faut qu’ils savent exposer leur programme de société dans les grandes rencontres. Il ne suffit pas de nous joindre, il faut savoir comment moi je peux te rejoindre. Quelle est ta politique en matière d’assainissement ? Quelle est ta politique en matière de gestion des marchés ?

Mathématiquement, l’alliance RPG-UFR est en avance dans votre commune 

Moi je ne me base pas sur une question mathématique, je vais qu’on soit réaliste et pragmatique et de voir les personnes choisies à l’intérieur. Matam, nous nous connaissons tous entre nous, on sait qui est qui. Soryah Bangoura est par exemple un entrepreneur, il a fait des preuves à Matam, il a une entreprise et il a formé des centaines de jeunes. C’est quelqu’un qui a fait aussi d’autres œuvres humanitaires dans la Commune de Matam, à savoir aider les écoles en souffrance, réhabiliter des espaces  publics, etc….

De l’autre côté aussi (RPG-UFR), on a des arguments, surtout des dessous de table qui peuvent faire basculer les choses. Ça vous inquiète un peu ?

Non ! C’est d’abord l’argent du peuple. Ensuite, ils (conseillers) doivent comprendre que la confiance qui a été placée en eux est d’une grande envergure. Ils doivent savoir mesurer cela, ne pas accepter les dessous de table. Je crois que ça va les rattraper dans 5 ans, 10 ans, même leur progéniture, parce qu’on doit avoir la conscience d’aider son pays et non la conscience de remplir ses poches.

Quels sont les enjeux de ces élections dans les autres communes, notamment à Matoto, Dixinn, où l’UFDG risque aussi d’être rattrapée. Apparemment le pouvoir est en train de faire son jeu?

L’enjeu est de taille à tous les niveaux, nous devons essayer de créer un équilibre dans le cadre de choix des candidats de l’opposition.

Dans les conditions actuelles, espérer avoir un Maire central de la ville de Conakry dans les rangs de l’opposition, est –ce que ce n’est pas un rêve brisé ?     

Quand vous prenez mathématiquement dans le vote global, nous sommes en avance sur  les 193 conseillers élus qui voteront pour le Maire central, parce que nous avons 69 conseillers. En plus, nous avons 75 quartiers sur les 128 quartiers que compte Conakry. Alors que sur le plan national, nous avons 2.194 sur 7.012 conseillers élus.

 

Merci Monsieur Camara

 

C’est à moi de vous remercier.

 

Entretien réalisé par Abdoul Wahab Barry, www.kababachir.com

 

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.