Des milliers de manifestants contre la corruption après le meurtre d’un journaliste en Slovaquie

Jan Kuciak et sa fiancée, tous les deux âgés de 27 ans, ont été tués par balle chez eux.

Certains portaient des pancartes : « Journalistes, n’ayez pas peur, nous sommes avec vous ! »

Des milliers de personnes ont participé vendredi 2 mars à des manifestations anticorruption, organisées à travers la Slovaquie après le meurtre du journaliste Jan Kuciak, qui enquêtait sur des soupçons de fraudes fiscales impliquant le propriétaire d’un complexe immobilier.

Environ 25 000 personnes, selon les organisateurs, se sont rassemblées dans la soirée à Bratislava. Des rassemblements de protestation ont eu lieu dans une douzaine d’autres villes du pays, par des températures bien au-dessous du zéro. Certains portaient des pancartes : « Journalistes, n’ayez pas peur, nous sommes avec vous ! »

Un meurtre « très probablement » lié à son travail

« Je suis là, avec vous, pour rendre hommage à deux jeunes, Jan et Martina » Kusnirova, âgés de 27 ans, a lancé le président slovaque Andrej Kiska, à la foule rassemblée dans le centre de la capitale, juste avant une minute de silence observée à la mémoire du journaliste et de sa fiancée, retrouvés assassinés dimanche à leur domicile près de Bratislava. Le couple a été tué par balle chez lui.

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Leur meurtre a relancé le débat sur la liberté de la presse et la corruption en Europe. Jan Kuciak a été abattu alors qu’il était sur le point de publier un article sur les liens présumés entre des hommes politiques slovaques et des hommes d’affaires italiens soupçonnés d’être liés à la mafia ’Ndrangheta opérant en Slovaquie.

La police slovaque a interpellé jeudi plusieurs hommes d’affaires italiens cités par Jan Kuciak dans son rapport explosif, publié après sa mort cette semaine, alors que les enquêteurs ont estimé que la mort du journaliste avait été « très probablement » liée avec son investigation.

Vives réactions dans la presse

« Lundi matin, mes collègues avaient les yeux remplis de larmes, de colère et de crainte. Les journalistes sont déterminés à continuer leur travail », a lancé aux manifestants Lukas Fila, le directeur des éditions N Press.

« Nous devons montrer que les gens veulent que l’enquête sur cette tragédie aboutisse », a dit pour sa part Beata Baloghova, la rédactrice en chef du plus grand quotidien slovaque SME. Pour Christophe Deloire, le secrétaire général de l’ONG Reporters sans frontières (RSF) Bratislava est devenue vendredi « la capitale mondiale de la liberté de la presse ».

M. Deloire a rencontré vendredi le premier ministre slovaque, Robert Fico. Il a déclaré avoir appelé M. Fico « à clairement exprimer ses regrets » pour avoir publiquement insulté des journalistes. Le bureau du chef du gouvernement slovaque a démenti cette information. M. Fico a par le passé qualifié les journalistes de « simples hyènes idiotes » ou « sales prostituées anti-slovaques ».

Après le meurtre de Jan Kuciak, il a cependant rencontré les responsables des principaux médias pour leur assurer que « la protection de la liberté d’expression et la sécurité des journalistes » étaient « une priorité » pour son gouvernement. M. Fico a en même temps accusé l’opposition de se servir de l’affaire du meurtre comme d’un « outil politique pour faire sortir les gens dans la rue ».

Vendredi, la fiancée du journaliste a été enterrée vêtue d’une robe de mariée, dans la ville de Gregorovce, lors de funérailles en présence de centaines de personnes, ont rapporté les médias locaux. Les obsèques de Jan Kuciak auront lieu samedi dans le village de Stiavnik, près de la frontière tchèque.

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