Condé en 2020: le scénario congolais envisageable ?

Organiser les élections sans se présenter – à l’image du scénario congolais – parce qu’en fin de mandat constitutionnel et mettre dans les startingblocks un homme du RPG, pour sortir par la grande porte et donc, sans écouter les sirènes révisionnistes russo-guinéens. Voilà ce à quoi on devrait pouvoir attendre Alpha Condé, l’opposant historique qui a combattu pendant plus de 40 pour l’instauration de la démocratie en Guinée.

Le scénario congolais a misé sur un cadre du pouvoir en l’occurrence Emmanuel Shadary, 23,84%, loin derrière Félix Tshisekedi, proclamé vainqueur – près de 40% – et Martin Fayulucrédité de 35,2% des voix. Le dauphin désigné du président sortant, Joseph Kabila (17 ans au pouvoir), en dépit de moyens considérables, n’a pas été en mesure de faire oublier un gouvernement profondément impopulaire.Félix Tshisekedi passe ainsi et opère une transition bien que contestée par un autre opposant ainsi que par l’Eglise.

Reste que le leader de l’UDPS a tendu la main au président sortant: «Nous ne devons plus le considérer comme un adversaire, mais plutôt comme un partenaire de l’alternance démocratique dans notre pays». Il est encore trop tôt pour affirmer ou infirmer la théorie d’une entente entre Joseph Kabila et Félix Tshisekedi, mais pour bien des adversaires, cette victoire ressemble beaucoup à un «résultat de compromis, qui donne l’apparence d’une transmission de pouvoir ».

Quoi de plus normal si la démarche évite le pays au chaos ! Alpha Condé doit y penser. Il doit fermer les oreilles et son cœur aux faiseurs de rois. Ceux qui n’ont pas encore bénéficié de la mangeoire ou qui n’en ont pas encore fini. L’opposant historique n’en sortira que grandi et plus historique que d’avant. Ce qui est sûr, le pays est actuellement sur un baril de poudre. Le risque du chaos est très élevé.

L’année 2020 est certes encore bien loin mais l’éventualité d’un troisième mandat d’Alpha Condé fait déjà débat en Guinée.«Dans un pays, ce n’est pas à vous de décider, c’est le peuple. Personne, je dis bien, personne ne me dira ce qu’il faut faire, excepté le peuple de Guinée. J’ai un programme de cinq ans que j’applique pour satisfaire le peuple de Guinée. Je ne rentrerai pas dans ce débat de limitation de mandats. Chaque président est libre, en fonction de son peuple, de faire sa politique», a répondu Alpha Condé à JA, à la question de savoir si le fait pour lui de fréquenter des pays à démocratie douteuse n’augurait pas de son ambition à se maintenir au pouvoir au-delà du délai constitutionnel. Très vite, Dalein, l’opposant principal réagit : « Les Guinéens ne voudront pas du tout que leur Constitution soit modifiée. Il y aura un choix à faire avec des conséquences et j’espère qu’Alpha Condé fera le bon choix, pour la démocratie et pour lui-même. »

De toutes les façons, le scénario burkinabè est encore frais dans les esprits.  L’ambassadeur des États-Unis en Guinée, Dennis Hankins l’a rappelé à Alpha Condé. Même tempo chez le diplomate de l’Union européenne. Seul l’ambassadeur russe veut torpiller la Constitution guinéenne en invitant Alpha Condé à la chiffonner. Mais, le président guinéen a le choix.

L’article 27 de la Constitution guinéenne dispose qu’ « en aucun cas, nul ne peut exercer plus de deux mandats présidentiels, consécutifs ou non ». L’article 154 verrouille le dispositif : « La forme républicaine de l’État, le principe de la laïcité, le principe de l’unicité de l’État, le principe de la séparation et de l’équilibre des pouvoirs, le pluralisme politique et syndical, le nombre et la durée des mandats du Président de la République ne peuvent faire l’objet d’une révision. »

Voilà qui est clair. Au-delà des dogmes, de la Bible et du Coran !

Jeanne Fofana, www.kababachir.com

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