Cancer de la prostate : identifier les patients qui n’ont pas besoin d’être traités

Une équipe française a mis au point un test permettant de différencier les cancers agressifs de ceux qui évolueront peu. Il permettra de traiter seulement les malades qui en ont besoin.

Traiter ou ne pas traiter les cancers de la prostate de petite taille, telle est la question qui taraude tous les urologues. Encore aujourd’hui, la communauté médicale ne s’accorde pas sur les bénéfices du dépistage systématique du premier cancer chez l’homme. Chaque année, 54.000 nouveaux cas sont diagnostiqués, et 8900 hommes décèdent de leur cancer de la prostate.

«Aujourd’hui, si le dépistage par dosage sanguin du PSA (une protéine sécrétée par la prostate, NDLR) peut réduire la mortalité d’environ 25% et éviter l’apparition de métastases, c’est au prix d’un surtraitement très important», explique au Figaro le Pr Oliver Cussenot, chef du service d’urologie à l’hôpital Tenon. En effet, l’Institut national du cancer (Inca) estime que près de la moitié des cancers de la prostate diagnostiqués sont traités à tort. Ces tumeurs sont, en fait, à faible risque évolutif (décès ou métastases) à 10 ans ou 20 ans et ne nécessitent pas de traitement.

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«Aujourd’hui, plus de 60% des cancers diagnostiqués sont localisés dans la prostate et un grand nombre d’entre eux resteront latents durant 10 ou 15 ans. Ces tumeurs peuvent être simplement surveillées. Mais un tiers des cancers sont évolutifs et justifient un traitement intensif», précise l’urologue. Plusieurs études récentes publiées dans le New England journal of Medicine ont démontré que les traitements classiques, prostatectomies (ablation de la prostate) ou radiothérapie, peuvent être insuffisants pour environ 20% des cancers qui récidiveront.

 

Aussi, faut-il pouvoir choisir entre les patients qui n’ont pas besoin d’un traitement qui altérerait inutilement leur qualité de vie urinaire et sexuelle et ceux qui doivent avoir un traitement lourd car la maladie menace leur pronostic vital.

Pour guider le choix des médecins, le Pr Cussenot et son équipe se sont donc attelés à la recherche de marqueurs biomoléculaires. Ils se sont appuyés sur le programme de recherche «Cartes d’identités des tumeurs» (CIT) initié en 2000 par la Ligue contre le cancer. Dédié à la génomique des cancers, ce projet dirigé par Aurélien de Reynies réunit des informations sur plus de 14.000 tumeurs d’une vingtaine de pathologies cancéreuses.

Une quarantaine de gènes isolés

Après avoir étudié près de 1000 patients traités par prostatectomie à travers le monde, les chercheurs ont isolé une combinaison d’une quarantaine de gènes associés aux cancers de la prostate agressifs. Grâce à cette signature moléculaire, il est possible de prédire l’absence de récidive après traitements, et à l’inverse identifier des malades à haut risque de rechute après une ablation de la prostate et une radiothérapie. Le Pr Cussenot a présenté ces résultats pour la première fois lors du 20ème Colloque de la Recherche de la Ligue nationale contre le cancer organisé fin janvier. Ils devraient être publiés prochainement dans une revue scientifique.

Aux États-Unis, l’Agence de médicament (FDA) a déjà autorisé plusieurs tests permettant la caractérisation des tumeurs et la prédiction de l’évolution de la tumeur. En France, aucun de ces tests n’a été validé. «D’après notre comparaison, notre signature a la meilleure puissance pronostique», indique l’urologue parisien qui espère en faire bénéficier rapidement les Français.

 
Anne-Laure Lebrun
http://sante.lefigaro.fr

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