Au Zimbabwe, la dernière foucade de Mugabe

Lâché par les militaires et son parti, Robert Mugabe a refusé de démissionner, lors d’une allocution télévisée. Techniquement, il est encore président de la République, mais sans autre pouvoir que son verbe.

Dans un club de sport d’Hararé, une jeunne femme réagit à l’écoute dudiscours de président Mugabe, le 19 novembre.

Crédits : STR / AFP

Il a beau être étrangement bouffi, éviter de se mettre debout pour ne pas encore chuter, et se tromper en tournant les pages qu’il lit lentement en ajustant ses lunettes, le cheveu désordonné comme s’il sortait du lit, Robert Mugabe n’est pas un homme en train de flancher. Il s’est fait attendre des heures, dimanche soir 19 novembre, et apparaît enfin, sur les images de l’unique chaîne de la télévision nationale, l’antédiluvienne ZBC, pour annoncer ce que le Zimbabwe tout entier se figure être l’annonce de son départ forcé du pouvoir.

Tout s’effondre autour de lui. Il a été renversé, lâché, humilié. Il est en train d’être dépouillé de ses fonctions, les unes après les autres. Techniquement, il est encore président de la République, mais sans autre pouvoir que son verbe, puisque tout le reste lui a été enlevé. Les militaires qui ont pris le contrôle du Zimbabwe, cinq petits jours plus tôt, ont mis en marche une mécanique qui le pousse, inexorablement, vers la sortie. Ils veulent « un départ dans la dignité », car cela les arrange. Il ne veut pas de départ du tout.

Alors, il ne lui reste qu’un plaisir : le défi. Il doit exulter à l’idée de le ressentir une nouvelle fois, et sans doute la dernière. Les phrases succèdent aux phrases, et pas l’ombre du mot que chacun guette : « démission ». Renoncer n’est pas Mugabe, certes, mais l’homme est, aussi, un incroyable comédien. Ce soir, devant les caméras, il incarne le vieillard frêle, la voix chevrotante, les gestes ralentis. Il ne doit être que plus jouissif d’administrer un non gros comme une claque au reste de la planète.

« Dissensions »

Il admet qu’il n’a pas que des bonnes nouvelles à partager avec ses « chers Zimbabwéens », à commencer par le fait que, récemment, « des individus » ont créé quelques « dissensions » dans le pays. Ce doit être son euphémisation terminale du dimanche soir, espèrent les Zimbabwéens agglutinés devant les téléviseurs….

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