Ambiance de fin de règne : le syndrome du système Conté !

Décrets le matin et contre-décrets le soir. Protection au plus haut niveau de délinquants économiques. Dilapidations de fonds publics à ciel ouvert. Grincements de dents au sein du parti au pouvoir. Remaniement gouvernemental avec les mêmes ministres, conseillers, bannis puis revenus en grâce. Limogeage de proches du président jusque-là pris comme intouchables, etc. La Guinée vit actuellement au rythme du syndrome de fin de règne de Lansana Conté.

Le pays ressemble à un bateau ivre, sans gouvernail. Une poignée de personnes gèrent et ne rendent même pas compte au locataire de Sékhoutouréya. En limogeant aujourd’hui deux DG depuis longtemps en sursis mais sans jamais être touchés, le PM joue sur le même pallier qu’un certain Fodé Bangoura à la fin de règne du vieux général de Wawa.

Le jeudi dernier un acte qui doit faire date s’est produit : les Directeurs généraux de l’office guinéen des chargeurs et de l’office guinéen de la publicité ont été non seulement relevés de leurs fonctions par décret présidentiel sur proposition du tout nouveau premier ministre mais aussi et surtout il a été aussi instruit à l’Agent judiciaire de l’Etat de poursuivre ces accusés à la justice. Presque la même chose que ce qui était arrivé à Mamadou Sylla patron de Futurelec Holding, le millionnaire contesté, qui irritait les Guinéens en pleine crise sociale. Le 16 décembre 2006, l’oligarque croupissait en prison, accusé de détournements de fonds publics, lorsque la plus improbable des libérations s’est produite. Le président Lansana Conté en personne est venu l’extraire de sa cellule, à la tête d’un cortège de véhicules tous terrains. Plus tard, le président, qui avait pourtant déclaré au Monde : “Je n’ai pas d’amis quand il s’agit des biens du peuple”, lâchait à son entourage médusé : “La justice, c’est moi.”

Même contexte, près de 20 ans après. Alpha Condé avait dit qu’il ne protègera personne, aucun bandit à col blanc. Sauf qu’il les a tous ou presque dans son entourage. On se rappelle que c’est pour être allé « libérer Mamadou Sylla de la prison centrale de Conakry que le président Lansana Conté a provoqué la furie du petit peuple de Guinée. Avec la suite que l’on connaît. Cailloux et cris de rage contre balles réelles. Plus de 100 morts. La médiation de l’ancien président nigérian, militaire comme lui, a mis fin aux émeutes. Conté a accepté de choisir un Premier ministre de consensus sur une liste de trois, proposés par les syndicats et la société civile. Ce fut Lansana Kouyaté, ancien secrétaire exécutif de la Communauté économique de l’Afrique de l’Ouest, CEDEAO. Parmi ses missions, l’audit de la gestion des ressources publiques, pour tirer au clair, entre autres, les accusations de malversations qui ont valu la prison à l’ami du président Conté.Kouyaté vient de publier les résultats. Effarants ! 200 milliards de francs guinéens détournés. 13 400 fonctionnaires décédés toujours salariés et 300 véhicules disparus. »

Kassory veut s’inscrire sur la même logique. Jusqu’où ira-t-il ? Ou c’est juste un feu de paille afin d’éviter de fâcher davantage son bienfaiteur et ces nombreux caciques du parti au pouvoir ayant des protégés tapis dans l’administration publique ? Plus d’un Guinéen parie en effet sur une action de courte durée. Le temps de s’installer et penser plutôt à vite s’enrichir et se préparer pour les échéances électorales futures. Sans Alpha Condé.

Jeanne Fofana, www.kababachir.com

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