A Ouagadougou, récit d’une journée marquée par des attaques meurtrières

L’état-major général de l’armée et l’ambassade de France au Burkina Faso ont été attaqués, vendredi dans la matinée, par « un groupe agissant de manière coordonnée ».

Huit personnes ont été tuées dans les attaques, selon le gouvernement.
Huit personnes ont été tuées dans les attaques, selon le gouvernement.
Crédits : Ludivine Laniepce / AP

Un immense nuage de fumée noire se dégageait du ciel bleu azur, cette matinée du vendredi 2 mars, aux abords de l’état-major général des armées. Sur l’avenue de la Nation, les motos filaient, avec à leur bord des Burkinabés apeurés, agitant les bras pour dire aux quelques curieux posés au bord de ce goudron du centre-ville de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, de fuir. L’explosion a été d’une violence extrême.

Tout a commencé aux alentours de 10 heures, ce vendredi matin, comme le détaille le ministre burkinabé de la sécurité, Clément Sawadogo : « Des assaillants ont commencé à tirer sur l’ambassade de France et quelques minutes après un autre groupe, de manière coordonnée, s’est attaqué à l’état-major général des armées. Ils ont utilisé un véhicule bourré d’explosifs. La charge a été suffisamment forte pour occasionner de graves destructions et de sérieux impacts sur les personnes. » Ce matin, une réunion de l’armée relative au G5 Sahel avait lieu à l’état-major, avec, dans la salle, la présence de plusieurs hauts gradés.

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Enquêtes ouvertes

« En entrant, les assaillants ont crié Allahou Akbar. Ils étaient en tenue militaire », nous a précisé le colonel Jean Arthur Diasso, chef de la communication du ministère de la défense. Se seraient-ils camouflés dans des tenues militaires pour pouvoir pénétrer l’enceinte des quartiers généraux de l’armée ? La question reste pour l’heure en suspens. Selon le gouvernement, les opérations sont terminées et les enquêtes judiciaires ont été ouvertes.

A 19 heures, Rémi Dandjinou, le ministre de la communication, et Clément Sawadogo, ministre de la sécurité, ont dressé un bilan qui reste provisoire : « Au total on a dénombré huit cadavres d’assaillants » et « nos forces de défense et de sécurité ont perdu huit hommes sur les deux sites. Un peu plus de 80 blessés ont été pris en charge. Parmi ces 80 blessés une douzaine ont des blessures assez sévères et parmi ces douze, trois sont considérés comme graves. »

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Dans l’après-midi, le stade municipal de Ouagadougou avait des airs d’hôpital de fortune. Sur la pelouse, trois tentes blanches, dans lesquelles ont été accueillis les premiers blessés. Sous l’une d’elles, deux militaires tendent fébrilement le bras pour attraper un morceau de pain. L’un est touché à la tête, l’autre au pied. Ils ne peuvent pas parler et sont choqués par ce qu’ils ont vécu à l’état-major général. M. Dandjinou, M. Sawadogo, Jean-Claude Bouda, le ministre de la défense, et Simon Compaoré, ministre d’Etat auprès de la présidence, sont venus au chevet des blessés.

Craintes de complicités

Les autorités burkinabées ont qualifié cette agression d’« attaque terroriste ». Mais déjà, les premières interrogations naissent. Comment ces assaillants ont-ils pénétré l’enceinte ultra-sécurisée des quartiers généraux de l’armée ? Comment la voiture piégée a-t-elle pu entrer dans la cour ? Plusieurs sources craignent que des complicités internes aient permis aux assaillants de monter leur coup.

Depuis quelques semaines, l’état-major avait complètement revu son dispositif de sécurité, troquant ses barricades de fortune contre de solides remparts grillagés encadrant tous les murs du bâtiment. Devant la porte principale, une guérite avait aussi été récemment installée. Les autorités avaient-elles eu des alertes faisant état de possibles attaques en préparation contre l’état-major ? Il est encore trop tôt pour trouver une réponse à ces questions qui agitent ce vendredi soir les Burkinabés. Des citoyens une fois de plus choqués, face à la barbarie qui avait déjà frappé le restaurant Aziz Istanbul il y a plus de six mois, attaque dans laquelle dix-huit personnes avaient trouvé la mort.

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